Le naufrage du vaisseau
"Les Droits de l'Homme"

Retour à la page d'accueil

Cette page a été testée avec Internet Explorer 6.0 et Mozilla Firefox 1.0 (écran 1280 x 1024)

Tableau de Léopold Le Guen

Bataille entre le vaisseau Les Droits de l'Homme et les frégates anglaises
l'Indefatigable et l'Amazon les 13 et 14 janvier 1797 en baie d'Audierne
(Tableau de Léopold Le Guen peint en 1853 - Musée de Brest)

Cette page est référencée sur 
Mer et espaces

Il y a deux cents ans, la jeune République française, après avoir fait reculer l'Europe coalisée, ose braver l'Angleterre, l'ennemi héréditaire. A la suite d'une rencontre avec les représentants de la Société des Irlandais unis catholiques et protestants, conduits par Theobald Wolfe Tone, et sous l'impulsion du jeune ministre de la marine Truguet, les responsables politiques du Directoire décident la campagne d'Irlande. Les objectifs sont de soulever les populations irlandaises contre les oppresseurs anglais, de proclamer leur indépendance et d'asseoir une République sur les ruines de l'aristocratie anglaise.

"Il s'agit de rendre à ce peuple généreux d'Irlande (alors gouverné par l'Angleterre) mûr pour la révolution, son indépendance et la liberté qu'il appelle."

Les 16.500 hommes de l'Armée d'Irlande commandés par le Général Hoche doivent embarquer sur les navires de l'Armée navale de l'Océan placée sous le commandement de l' Amiral Morard de Galles. Les 44 bâtiments, comprenant 17 vaisseaux, 14 frégates, 6 corvettes et 7 transports, répartis en trois escadres, se regroupent au port de Brest à la fin de l'An IV (août-septembre 1796) pour appareiller le 15 décembre 1796. Parmi les 17 vaisseaux de 74 canons,Les Droits de l'Homme, construits et lancés à Port-Liberté (Lorient) le 10 Prairial de l'An II (29 mai 1794) sont commandés par le Capitaine de vaisseau Lacrosse. A son bord, en plus des 650 hommes d'équipage, sont transportés 549 hommes de la Légion des Francs sous les ordres du  Général Humbert...

Le vaisseau de 74 canons, principale machine de la guerre navale à la fin du XVIIe siècle, est, comme tout bâtiment réussi, un compromis résultant d'un équilibre entre force de l'artillerie et qualités manoeuvrières. Sa batterie basse de 28 canons tire des boulets de 36 livres. La coque seule représente la moitiédu déplacement des 3000 tonneaux. Une véritable forêt de 2800 chênes centenaires, 60 tonnes de chevilles de fer et de bois ont été nécessaires à sa construction.

Déclaration des Droits de l'Homme
Vaisseau de 74 canons

Sa cale avec son faux-pont contient des vivres pour six mois et de l'eau pour douze semaines. Le premier pont doit supporter le poids considérable des gros canons de 36 livres qui pèsent chacun quatre tonnes. Le deuxième pont, couvert à l'avant et à l'arrière par des gaillards, porte une artillerie plus légère. Cette coque qui s'élève à sept mètres au-dessus de l'eau porte un prodigieux étagement de toile. Les trois mâts en trois éléments gréent chacun trois étages de voiles carrées. La pomme du grand mât culmine à 60 mètres. Par bonne brise ce vaisseau peut dépasser dix nœuds.

Vaisseau de 74 canons (coupe)

Ces plans sont tirés du site de L'Ancre éditeur du livre de Jean Boudriot "Le vaisseau de 74 canons"

Le Capitaine Lacrosse

Le Capitaine de vaisseau Lacrosse

L'expédition d'Irlande est un échec. A peine l'escadre a-t-elle quitté le goulet de Brest qu'elle doit affronter une grosse tempête qui la disperse au milieu d'une énorme confusion. Sans doute la saison n'était-elle pas particulièrement bien choisie. Seuls dix navires peuvent mouiller en baie de Bantry. La Fraternité, ayant à son bord le Général Hoche, commandant des troupes de débarquement, n'est pas au rendez-vous. Toute idée du débarquement est annulée.  Les Droits de l'Homme qui ont capturé, à l'approche des côtes irlandaises, deux bricks anglais, le Cumberland et la Calypso et fait une cinquantaine de prisonniers - dont le Lieutenant Pipon - croisent en mer d'Irlande pendant huit jours, puis, ayant constaté l'inutilité de son attente, font voile vers Belle-Ile sur les côtes sud de Bretagne.

Le 13 janvier 1797, au large de Penmarch, apparaissent deux frégates anglaises l'Indefatigable,  44 canons, commandée par le Commodore Sir Edward Pelew et l'Amazon, 36 canons, commandée par le Capitaine Reynods. A 17h15 le combat s'engage. Aux bordées de l'Indefatigable, le Capitaine Lacrosse répond par des volées de canon et de mousqueterie, la tempête l'empêchant d'ouvrir sa batterie basse de canons de 36 en raison des paquets de mer que le navire embarque. L'Anglais dispose d'une supériorité en voilure et évite les manoeuvres des  Droits de l'Homme visant à l'abordage où il aurait bénéficié d'une incontestable supériorité due aux 600 hommes de la Légion des Francs embarqués à son bord.

Dans la nuit le Français doit subir les bordées successives des navires ennemis qui l'obligent à combattre des deux bords. Il voit ses mâts se casser. Sa coque est criblée de boulets. Partout les morts et les blessés sont nombreux. Le Capitaine Lacrosse, blessé au genou gauche par un boulet mort, a dû céder son commandement à son second Prévost de Lacroix après lui avoir fait jurer de ne jamais amener pavillon.

"En descendant dans la batterie, j'assurai mon équipage que l'on n'amènerait pas". Un cri unanime fut répété : "Non. Jamais capitaine, soyez en sûr"...

Les combattants français

Le feu de la mousqueterie

Le les Droits de l'Homme à la côte

"Je fus donc à la côte sans mâts et sans ancre,
après un  combat de treize heures..."
(Capitaine Lacrosse)

Au bout de 13 heures de combat les tirs cessent, les munitions étant épuisées. Les navires anglais abandonnent la lutte. L'Indefatigable, réduit à l'état de ponton, évite à grand peine les brisants de la baie et les rochers de Penmarch. L'Amazon se brise sur la côte de Plozévet livrant aux Français son équipage et son Capitaine.

Les Droits de l'Homme, désemparés, sans gouvernail, sont poussés vers la côte de Plozévet, dans la baie d'Audierne, par une mer déchaînée et talonnent, prisonniers des sables à environ 500 mètres de la côte. Les vagues qui déferlent avec furie enfoncent son arrière et submerge sa cale. Plusieurs canots mis à la mer vont se briser sur les récifs de la côte ou se trouvent broyés contre la coque du bâtiment. Les radeaux de fortune n'ont pas meilleur sort. Le grand canot du vaisseau parvient à déposer 25 personnes à terre mais le terrible vent d'ouest lui interdit de venir rechercher d'autres naufragés.

Il faudra attendre deux jours et deux nuits, sans nourriture et sans eau, pour que 5 chaloupes et un canot venus d'Audierne puissent aborder le vaisseau et embarquer 400 hommes... Un nouveau changement de vent suspend le retour des embarcations et du cotre. Alors commencent les convulsions et les horreurs de la faim et de la soif. Soixante infortunés y succomberont en attendant pendant cinq jours le retour des sauveteurs. Le Capitaine Lacrosse embarquera le dernier.

"Enfin mon brave camarade j'apprends que vous vivez, lui écrira le Général Hoche, et le gouvernement peut encore compter sur un homme dont il apprécie les talents et la bravoure. Votre combat vous a couvert de gloire; il a montré aux Anglais ce qu'ils doivent attendre de marins français bien commandés"

C'est ici que la grande histoire va rejoindre notre généalogie car ce petit village de Plozévet est le pays des ancêtres de notre grand-père maternel dont plusieurs sont cités pour avoir participé à divers titres à ce naufrage. Nous devons de connaître par le menu le fil des événements grâce aux rapports que rédigea quotidiennement Jean-Louis Malescoët le juge de paix du Canton, consignant soigneusement les informations relatives au sauvetage des hommes et des biens entre le 14 janvier et le 7 mars, s'agissant d'un accident grave survenu à un vaisseau de guerre, propriété du gouvernement de la République auquel il doit rendre compte. Tout d'abord il a mis en place un dispositif de surveillance afin d'éviter tout vol et pillage des débris provenant du vaisseau et s'échouant sur la grève. Les autorités sont avisées. Des gendarmes dépêchés sur place dressent une tente faite d'un morceau de voile et montent la garde pendant toute la durée du sauvetage. Les objets récupérés sont transportés dans des charrettes requises et transportés dans des "magasins" fermés à clés, les métaux récupérés par 5 forgerons réquisitionnés  pour être remis à la Marine, les rescapés réchauffés, habillés de hardes, nourris, les blessés soignés, les cadavres enterrés…

Carte des épaves

Le 15 janvier 1797, un jeune meunier de 38 ans du village de Kerguinaou en Plozévet (il est né le 5 novembre 1759), Alain LE POUCHOUX va participer  activement, comme ses concitoyens, au sauvetage des biens et des hommes. A mi-corps dans la mer déchaînée, il a repéré un radeau portant quelques rescapés du vaisseau. Soudain les voilà balayés par une énorme déferlante. L'un d'eux se trouve coincé sous le radeau, voué à une noyade certaine sans l'intervention d' Alain LE POUCHOUX qui le sort énergiquement de sa fâcheuse position. Conduit à la tente il y reste quelque temps pour se réchauffer avant d'être conduit au Manoir de Kerguinaou.

Alain LE POUCHOUX ne sait pas encore qu'il vient de sauver Jean-Amable Humbert, Général de brigade, ni que son acte de bravoure va permettre à l'Histoire de suivre son cours. Sut-il même un jour que l'année suivante, en 1798, une armée de soldats français commandés par Humbert débarqua avec quelques révolutionnaires irlandais dans la baie de Killala, poursuivant la lutte entreprise pour la libération de l'Irlande ? Cette opération se solda par une défaite le 8 septembre 1798 marquant la fin de l'insurrection irlandaise…

Alain LE  POUCHOUX était l'un de nos ancêtres (Sosa 110) et c'est avec beaucoup de regrets que nous n'avons pu assister à Plozévet, le 18 janvier 1997, lors de la commémoration du bicentenaire du naufrage des  Droits de l'Homme, à la rencontre pleine d'émotion qui a été organisée entre Pierre Maurice, descendant du général Humbert et les descendants de son sauveteur….

Le 28 janvier, dès 6 heures du matin le juge de paix "fait séparer par lots et melons les débris dudit naufrage sur la falaise afin que chaque individu y puisse mettre son enchère pour être par ce moyen lesdits effets vendus plus chers au profit de la République". A 9 heures le citoyen Gabriel GUICHAOUA, encore l'un de nos ancêtres (Sosa 210) désigné pour être le crieur, commençait la vente.

Que penser de ces misérables lots faits de quelques morceaux de bois, de bouts de ferrailles, de pauvres hardes ?

Que penser de "Deux morceaux de fer adjugés pour six livres au citoyen Noël MOREAU ?

Ce dernier est cité à titre d'exemple parce qu'il compte, lui aussi, au nombre de nos ascendants (Sosa 208), ce qui prouve que cet événement a concerné tous les citoyens de la commune, dont certains (faut-il le croire ?) étaient, sur ces côtes sauvages, quelquefois plus enclins à jouer le rôle de naufrageurs plutôt que celui de sauveteurs ! En l'occurrence l'attitude des citoyens de Plozévet a été exemplaire

Le bilan du naufrage des Droits de l'Homme est lourd puisqu'on compte entre 250 à 390 victimes.

Son souvenir est resté extrêmement vivant pour plusieurs raisons. D'abord à cause du Lieutenant Pipon, cet officier anglais fait prisonnier et qui fut sauvé le 18 janvier. "Traité avec la plus grande humanité" dira-t-il, il fut conduit à Brest et envoyé sans rançon en Angleterre où il arriva dès le 7 mars et reprit du service actif dans l'armée anglaise. En 1840, alors qu'il était à la retraite dans l'île de Jersey, il revint sur le site du naufrage et y fait dresser une pierre en forme de menhir où il inscrit le témoignage de sa reconnaissance. Brisée par les tempêtes elle sera restaurée en 1882 par le maire Lucien LE BAIL au cours d'une cérémonie.

Lien avec une page sur le Major Elias PIPON http://www.pipon.org/liens/major.htm

Le Menhir sur la plage de Canté en Plozévet
ICI
AUTOUR DE CETTE
PIERRE DRUIDIQUE
SONT INHUMÉS ENVIRON
400 NAUFRAGÉS DU VAISSEAU
DES DROITS DE L'HOMME
BRISÉ PAR LA TEMPÊTE
LE 14 JANVIER 1797

LE MAJOR PIPON
NÉ A JERSEY
MIRACULEUSEMENT ÉCHAPPÉ
A CE DÉSASTRE
EST REVENU SUR CETTE PLAGE
LE 21 JUILLET 1840,
ET DÛMENT AUTORISÉ
A FAIT GRAVER SUR LA PIERRE
CE DURABLE TÉMOIGNAGE
DE SA RECONNAISSANCE.

A DEO VITA SPES
IN DEO

Les grandes tempêtes fréquentes sur cette côte du Finistère-sud mirent à jour, particulièrement en 1896, les restes des naufragés hâtivement inhumés sur la falaise. Le 22 août 1937 Albert LE BAIL, petit fils et successeur du précédent,  inaugure, près de l'église de Plozévet, une plaque commémorative encadrée par deux fûts de canon provenant peut-être de la frégate anglaise "L'Amazon". Sur cette plaque est gravée l'inscription  : "Ici reposent 400 hommes du vaisseau Les Droits de l'homme et soldats de la légion des Francs qui, le 25 Nivôse de l'an V de la république, luttèrent victorieusement contre deux vaisseaux anglais au large des côtes de Plozévet et moururent aux cris de Vive la République".

Enfin l'actuelle municipalité de Plozévet a célébré de façon émouvante le bicentenaire du naufrage des Droits de l'Homme en 1997 dans une évocation théâtrale qui s'est déroulée sur les lieux mêmes du drame. Cette occasion fut mise à profit pour faire taire certaines légendes, complaisamment répandues par des adversaires de la République, selon lesquelles les citoyens de Plozévet n'auraient pas eu une attitude irréprochable à l'occasion de ce naufrage.

Une exposition historique permanente sur le naufrage est organisée dans la mairie. Si votre itinéraire de vacances vous conduit un jour de Quimper à Audierne ou à  la Pointe-du-Raz, nous vous engageons à faire une halte à Plozévet pour la visiter.

Deux canons des Droits de l'Homme - Photo prise en 1981 par Jacques JOLLY du B.R.A.M.
(Bigounen raniket armor) Club de plongée du Guilvinec

Sources :
- Bulletins municipaux de Plozévet
- Site de "L'Ancre" - Pages relatives au Livre de Jean Boudriot Le vaisseau de 74 canons
- L'Odyssée du vaisseau Droits de l'homme par Jakez Cornou et Bruno Jonin - Editions DUFA.
- Les cahiers de l'Iroise Société d'Etudes de Brest et du Léon N°158.
- avec un remerciement particulier à M. Jean LE ROY, maire-adjoint de Plozévet et
- à M. Yves Duflot  ENST de Bretagne

Retour à la page d'accueil