Joseph SOURDAINE
Instituteur public, mort à Verdun
Joseph SOURDAINE, Instituteur  public

Mon grand-père Joseph SOURDAINE est mort en avril 1916, à 33 ans, dans la grande tuerie de Verdun. Il repose désormais dans le petit cimetière de La Chapelle-Blanche qui domine la vallée de la Rance et la douce campagne bretonne... Ces pages qui tentent de retracer ce que fut sa vie militaire pendant la "Grande Guerre" se veulent un hommage à sa mémoire.
Il s'agit d'un récit à plusieurs voix où se mêlent à la mienne :

- Celle de mon grand-père telle que j’ai pu la retrouver avec beaucoup d'émotion sur les rares lettres et cartes postales adressées à sa famille et parvenues jusqu’à moi (Merci à mes cousines Mathilde LE COCQUEN et Jeannette DASTARAC pour m'avoir fait don de tous les documents en leur possession)

- Celle d’Henri LAPORTE, soldat du 151e Régiment d’Infanterie - le régiment frère du 94e, avec lequel il montait au front en alternance en Champagne et à Verdun - dont les carnets de guerre ont donné matière à la rédaction du Journal d’un poilu. Ce qu'Henry LAPORTE raconte, mon grand-père l'a connu avec un décalage de quelques journées.

- Celles des Registres des marches et des opérations des 94e et 151e Régiments d'Infanterie qui retracent, au jour le jour, dans une sécheresse militaire qui fait froid dans le dos, les mouvements des deux régiments et tient le décompte macabre des morts, des blessés et des disparus.

- Celles des historiens Pierre MIQUEL Mourir à Verdun(Taillandier)   et Jacques Henri LEFEVRE Verdun (Edition du Mémorial) qui permettent de situer les événements dans leur contexte historique.

- Celles des divers documents, collectés çà et là, dans lesquels j'ai puisé sans vergogne.


Christian SOURDAINE  
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   LES JEUNES ANNEES...

Joseph-Marie SOURDAINE (Sosa n° 8), né le samedi 3 juin 1882 à La Chapelle-Blanche (Côtes-d’Armor), est le fils aîné de Marie-Ange SOURDAINE, Boucher et Tisserand, et de Victorine Marie Joseph PITON, son épouse.

Il est difficile de retracer avec exactitude ce que fut son enfance et son adolescence, de faire la part entre "la légende" et les faits. Peu de documents sont parvenus jusqu'à nous. On peut penser que ce fut un enfant fragile ayant manifesté très tôt des dispositions pour les études.

Son frère Emile et sa sœur Victorine disaient de lui  qu’il avait tous les dons, qu'il dessinait très bien et jouait instinctivement du violon. Et c'est vrai, j'ai vu, dans mon enfance, le violon de mon grand-père qui dormait dans un grenier. Pourtant à L'Ecole Normale on dira de lui qu'il n'était pas musicien... Mais sans doute ne connaissait-il pas le solfège...

La Chapelle Blanche
La Chapelle-Blanche au début du XXe siècle
La légende dit aussi que son "Maître d'Ecole", voyant ses aptitudes, lui aurait donné des cours, corrigé ses devoirs et l'aurait conseillé dans ses lectures alors que, pour gagner sa vie, il était envoyé "garder les vaches". Nous n'y croyons guère, sauf, peut-être, à l'occasion des vacances scolaires, comme beaucoup d'enfants de la campagne à cette époque.

Ce que nous savons de façon certaine c'est qu'il a fréquenté le Cours Complémentaire (peut-être à Lamballe) où il s'est montré très bon élève.

Une mention sur un vieux livre de prix l'atteste.

Prix
Joseph SOURDAINE et Marie-Louise LE MEN
Il réussit le Concours d'entrée à l’Ecole Normale de St-Brieuc.

Lors de sa sortie en 1901, pourvu du Brevet élémentaire, l'élève-maître SOURDAINE Joseph est dit de santé précaire et on propose de lui donner à la campagne un petit poste peu pénible. Il est nommé d'abord à Yvignac, puis à Eréac de 1904 à 1907, et enfin à Langourla en 1907 où il épouse le mardi 30 juillet 1907 Marie-Louise LE MEN également institutrice dans ce village.

Un premier fils, Jean, naît le 8 juin 1908, puis Louis et Pierre (mon père), des jumeaux, le 29 mai 1911.

Leur grand-père Marie-Ange SOURDAINE meurt le lendemain de leur naissance et Marie-Louise LE MEN décède à son tour le 14 novembre 1912 à l’hôpital de St-Brieuc. Alors Joseph SOURDAINE fait venir sa mère auprès de lui pour l’aider à élever ses trois enfants.

En mai 1913 il est nommé à l'école de Pléven.


   MOBILISATION GENERALE - LA CHAMPAGNE...

Registre matricule 1

Registre matricule 2

Lors du Conseil de révision  de la Classe 1902 (Arrondissement de Dinan - Canton de Caulnes) il tire de N°51 mais est ajourné à un an pour faiblesse des yeux (blépharite). Le registre précise qu'il a le degré d'instruction 4 ce qui signifie, en langage militaire, qu'il est titulaire du Brevet de l'instruction primaire

La consultation du Registre Matricule nous confirme qu'il est ajourné pour faiblesse en 1903 et 1904, puis classé dans les services auxiliaires en 1903.

Mais le 30 octobre 1914 la Commission de Réforme de Dinan le classe dans le service armé.

Le Moloch pressentait qu'il aurait besoin de toute la chair fraîche disponible.

Arrivé au Régiment d'Infanterie de Saint-Malo le 23 novembre 1914 en qualié de 2e Classe il est affecté au 94e Régiment d'Infanterie aux armées le 12 février 1915.

On peut supposer qu'il a dû conscrer ses premiers mois d'armée à faire ses classes avec d'autres exemptés comme lui qui n'avaient pas encore appris à marcher au pas et à manier le fusil.

Nous n'avons retrouvé aucune information sur les premiers mois de guerre de Joseph SOURDAINE. Le 94e R.I. a été engagé fin 1914 dans la Bataille des Flandres (Nieuport, Dixmude, Steenstraate), a participé en 1915 à l'Offensive de la 4e Armée en Champagne (Vauquois) puis aux opérations en Argonne de mai à novembre (La Gruerie dite "la Tuerie", Four-de-Paris).

Mais Joseph SOURDAINE a été évacué en tant que malade le 22 avril 1915. Les premières nouvelles que nous ayons de lui nous sont fournies par une carte au texte anodin qu'il adresse à son neveu Victor LE COCQUEN le 25 juin 1915 de l’Hôpital temporaire N°6 à Montigny-le-Roy (Haute-Marne) qui témoigne d'un premier accident de santé.

Montigny-le-Roy 25 Juin 1915
Mon cher Victor,
Ta carte m'a fait grand
plaisir. Je suis content
de vous savoir tous en bonne
santé. Moi aussi je commence
à sortir et à prendre des forces
.
Tu dois être heureux de voir
approcher les vacances. Dans
un mois tu vas être libre.
Quelle chance ! - Embrasse
Mémère, Maria et toute la
famille pour moi. A tous
affectueux souvenir. Tonton Joé
Carte postale 1 - Recto

Dans une autre carte adressée à sa mère quelques jours plus tard il évoque les problèmes administratifs posés par le paiement d’un mandat de 300 Francs délivré au nom de ses trois fils orphelins et réclame de façon touchante un morceau de lard. L'un des problèmes des poilus a été la nourriture. Beaucoup réclamaient des colis à l'arrière.(En Pays Gallo on a l’habitude à cette époque de vouvoyer ses parents.)

Montigny-le-Roy 29 Juin 1915 - Chère mère,   Je
crois que je ne vous ai pas dit que j'avais reçu
la note que vous a remise le maire pour le
mandat de 300 F. délivré au nom des petits.
Pour obtenir ce mandat il faut que j'envoie
à la Préfecture un extrait du Conseil de famille
pour prouver que c'est moi le tuteur. J'ai de-
mandé cette pièce à Collinée où a été faite la tu-
telle. Vous n'avez pas à vous tracasser du tout
J'ai trouvé votre lard tellement bon que je ne puis
résister au désir de vous en redemander un autre
morceau au plus vite. Vous ne mettrez que du lard cuit
au four: un colis ne pesant pas plus de 2 livres et
bien arrangé dans une boite à craie. C'est la
meilleure manière pour qu'il n'attrape aucun mal.
Le dernier colis n'a mis que 3 jours à venir.

Rien de neuf par ailleurs. Meilleures affections à tous.
Voilà la St Jean passée. Avez-vous parlé aux parents d'Anna.
   Bons baisers.     Joé

Carte postale 2 - Recto

Nous ne savons pas ce qu'est devenu Joseph SOURDAINE entre le 29 juin et le 12 août 1915.
Nous le retrouvons le 12 août 1915 â à Bourganeuf (Creuse) où il annonce son départ pour l’Hôpital militaire N° 35 à St-Léonard (Haute-Vienne) dans une carte postale adressée à sa mère le représentant en uniforme.
Joseph SOURDAINE en militaire

Madame SOURDAINE
Bourg de Pléven par Plancouet
(Côtes du Nord)

Bourganeuf 12 août 1915

Ma chère mère,
Je me suis laissé aller à votre prière en me faisant
photographier. Je suis bien un peu sombre mais c'est
ma tête tout de même. Vous ne m'écrirez plus à
Bourganeuf car je pars demain pour aller passer la
visite afin d'obtenir une permission. Voici ma
nouvelle adresse:
Hôpital Temporaire N 35
Saint-Léonard (Haute Vienne)
Bons baisers à tous.

La permission annoncée en août a dû être accordée.
Début septembre 1915 Joseph SOURDAINE est à Coëtquidan où il attend de repartir une troisième fois au front.

Les trois cartes postales que nous avons retrouvées traduisent son énorme fatigue et son profond désespoir. Elles sont adressées à sa soeur Victorine SOURDAINE et à ses beau-frère et belle-soeur Pierre LE COCQUEN et Marie-Eugénie LE MEN.

Nous pensons qu'un certain nombre d'éclopés, de malades en voie de rétablissement, de blessés réputés guéris ont été rassemblés à Coëtquidan dans l'attente de rejoindre les unités combattantes engagées sur le front de Champagne où va dérouler la terrible offensive française du 25 septembre 1915.
Sur 25 km de front, d'Aubérive-sur-Suippes où sera engagé le 94eà R.I., à Souains, de Perthes-lès-Hurlus à Ville-sur-Toeurbe l'assaut est donné après une intense préparation d'artillerie, enfonçant les lignes allemandes qui compteront, le 3 octobre 140 000 morts et blessés et 25 000 prisonniers...

Coëtquidan
le 6 septembre 1915

Ma chère soeur,

Il m'a fallu encore une
fois reprendre la vie militaire.
C'est dur je t'assure,
mais puisque c'est le devoir
il faut savoir se sacri-
fier. Je vais donc pour la 3e fois
retourner voir les Boches. J'espère
encore bien leur  échapper un coup.
Ils ne pourront pas priver mes
chers petits de leur père; ils
sont déjà assez à plaindre
d'avoir perdu
leur bonne maman.

Bonjour à Michel.

Carte postale 3 - Recto

Carte postale 3 - Verso

Carte postale 4 - Recto

Carte postale 4 - Verso

Coëtquidan
le 9 Septembre 1915   

Chers frère et sœur,

Me voilà de nouveau
rentré dans la vie vrai-
ment militaire. Je vais donc
d'ici peu retourner pour la
3e fois faire visite aux Boches.
J'espère bien qu'ils ne m'au-
ront pas encore cette fois les
maudits.

Bons baisers à tous
et au plaisir de
se retrouver
en paix.

Joyeux bonjour.
Joé

94e de ligne 32e Cie
Camp de Coëtquidan
(Morbihan)

Camp de Coëtquidan
le 7 Octobre 1915

Chers frère et sœur,

Vous devez m'accuser de paresseux.
En effet je suis d'une négli-
gence sans pareille quand il
s'agit d'écrire. Vous me pardon-
nerez j'espère car en ce mom-
ent on est tous à moitié fou.
Je compte retourner au front
avant la fin du mois, mais si je
ne suis pas zigouillé je m'at-
tends retourner à l'hôpital
sans tarder car je ne suis pas
costaud.
Acceptez mes meilleurs
baisers. Bonjour à tous. Joé.

Carte postale 5 - Recto

Carte postale 5 - Verso

Sa fiche matricule nous apprend que Joseph SOURDAINE est renté au dépôt le 29 août 1915, puis a rejoint son corps aux armées le 29 novembre 1915. La carte postale suivante indique qu'il est sur le front de Champagne entre Aubérive-sur-Suippes et Tahure.
Carte postale 6 - Recto

Carte postale 6 - Verso


Le 8 Décembre 1915

Chers frère et soeur,

Vous devez penser que je
vous oublie en voyant mon
silence se prolonger. Il n'en
est rien cependant et c'est tout
simplement la négligence qui m'a
empêché de vous écrire plus tôt. Vous avez
appris sans doute que j'avais quitté Coëtquidan
et de ce fait ma chère Bretagne. Eh bien oui je suis
devenu l'hôte de la Champagne depuis trois semaines et
déjà j'ai eu à subir bien des privations et des petites misères,
résultat immédiat de cette vie de tranchées. L'hiver s'annon-
ce très rigoureux surtout au point de vue humidité. On
est toujours mouillé et par là même à moitié gelé.
Je ne me vois pas rendu à Pâques et je ne compte
pas pouvoir supporter pareille vie jus-
qu'à ce temps. Enfin il faudra
bien aller jusqu'au bout.
Je ne me fais pas trop
de bile tout de même.
Bons baisers
à tous.
Joé.

Le Registre des Marches et Opérations du 94e Régiment d'Infanterie et le Livre d’Henri LAPORTE nous fournissent quelques informations sur les mouvements des troupes et les dures conditions de la vie de tranchées en ce froid et humide automne 1915...
Registre des Marches et des Opérations du 94e R.I.)
(Joseph SOURDAINE est affecté à la 8e Compagnie)

11 octobre 1915
Le 94e R.I. relève le 103e et le 142e au saillant T et dans les tranchées à l’est d’Auberive (7e et 8e Cies sous le commandement du Capitaine FLORENTIN en réserve au bois de Vauban).
Le P.C. du Lt Colonel est sur la rive droite de la Suippe.

15 octobre 1915
Violente attaque allemande
14 Officiers tués ou disparus - 778 hommes Tués, blessés ou disparus.

19 octobre 1915
Le 94e est relevé par le 151e sans perte entre 14 et 17h.
Les 2e et 3e bataillons cantonnent au bâtiment du Quartier Fleurus à Mourmelon.

27 octobre 1915
Le 94e relève le 151e.
Les 7e et 8e Cies sont à droite et en première ligne.

4 novembre 1915
Le 94e est relevé par le 151e.
Les 2e et 3e bataillons viennent en repos au Quartier Fleurus à Mourmelon.

12 novembre 1915
Le 94e relève le 151e.

20 novembre 1915
Le 94e est relevé par le 151e.
Le 2e bataillon vient en repos au Quartier Fleurus à Mourmelon.

24 novembre 1915
Le 94e prend en charge les bâtiments construits pour un bataillon au camp Berthelot Quartier Deville. Les bâtiments sont inaugurés par le Général BERTHELOT Commandant le corps d’armée.

26 novembre 1915
Le 2e bataillon monte aux abris du PC2 comme bataillon de travailleurs. Le Lieutenant-Colonel rentrant de sa tournée d’inspection reprend le commandement du Régiment.

3 décembre 1915
Le 94e relève le 151e.
Le 2e bataillon reste bataillon de travailleurs.

Tahure 1
Le front dans la région de Tahure
(Photo non datée)

9 Décembre 1915
Le 94e est relevé par le 151e.

10 Décembre 1915
Les 1er et 2e bataillons envoient chacun 450 travailleurs dans le secteur du 2e Corps de Cavalerie et 150 à disposition du Génie pour la construction du Camp Berthelot.

12 Décembre 1915
Les bataillons se rendent aux cantonnements fixés dans le secteur du 6e Corps d’Armées (56e Division).
2 Compagnies du 2e bataillon sont à St Hilaire-le-Grand.

Récit d'Henri LAPORTE :

Le 15 octobre au soir, nous montions aux tranchées de Champagne, entre Suippes et Tahure. Quel étrange aspect avaient ces champs de bataille de Champagne ! Un sol humide, crayeux, blanc et gris. Un peu de végétation à la sortie du camp - quelques bouquets de maigres sapins - et ensuite la grande plaine triste et désolée, comme un immense cimetière pour vivants. Après une heure de marche à découvert, nous avancions en colonne par un, et commencions les trajet à travers les boyaux remplis d’eau et de boue blanche, gluante et glacée.
Il pleuvait sans arrêt (comme de la neige fondue) depuis notre départ. Nous étions forcés, à certains endroits, de nous baisser et de nous mettre à genoux dans la boue, pour pouvoir franchir des passages couverts de rondins où, de jour, l’ennemi pouvait nous apercevoir. Après trois longues heures de marche à travers toutes ces lignes, nous arrivâmes enfin aux tranchées, mais dans quel piteux état de malpropreté ! (...)

Tahure 2
Le front dans la région de Tahure
(Photo non datée)

La pluie ne cessait de tomber.
Nous occupions les tranchées de première ligne. les Allemands se trouvaient à environ cent mètres de nous. A part les "coups de main" ce n’était plus la guerre de bombes et de grenades. C’était le canon le grand maître de l’heure (...)

Le secteur, pour le moment était assez calme. La température s’était totalement refroidie, la pluie avait cessé, mais quelle boue. Nous en étions couverts des pieds à la tête.
Ce soir-là, ma demi-section n’était pas de garde. Aussi à la nuit tombante, nous partageâmes à dix deux gourbis assez profonds (deux mètres environ), creusés à l’avant du parapet. Nous fûmes obligés de retirer l’eau qui recouvrait le fond de nos abris, sur une hauteur d’environ cinquante centimètres : l’eau suintait de chaque côté des parois crayeuses. Nous nous servions, pour cette opération, d’un seau de toile et faisions la chaîne. Nous projetions ensuite l’eau derrière les parapets.
Après une demi-heure de ce travail, nous nous enveloppâmes dans nos couvertures tout humides et, la tête appuyée contre les parois (heureusement que le casque nous protégeait un peu de l’humidité !), nous essayâmes de fermer l’œil ; mais le froid nous en empêchait. L’eau, d’ailleurs, qui s’infiltrait, nous obligea bientôt à recommencer l’opération précédente. Quelques obus, éclatant de temps à autre, nous rappelaient à la réalité(...).

Dans les premiers jours de janvier 1916, nous montâmes pour la dernière fois aux tranchées de Champagne. Nous devions être relevés à notre descente pour une destination inconnue. Nous recommencions la « cavalcade » à travers les boyaux à moitié remplis d’eau et de boue. La gelée et la neige avaient fait leur apparition le deuxième jour de notre arrivée aux tranchées. Notre section était de garde. Malgré le froid intense, des rats énormes circulaient comme chez eux à travers les tranchées. Nous nous amusions à leur faire la chasse à coups de baïonnette, pour nous réchauffer.

Les aliments que l’on nous distribuait étaient appétissants et bons, mais vite refroidis : les cuisines n’étaient pas très proches, et les hommes de corvée accomplissaient chaque jour un véritable tour de force pour nous ravitailler. Une bise glaciale souffla toute la nuit. J’avais reçu de ma mère un passe montagne de laine. Il était le bienvenu et me tenait chaud sous le casque. Mais c’étaient les pieds qui nous faisaient souffrir. Ainsi, au matin de la deuxième nuit passée en ligne, comme j’étais assis depuis quelques instants le long de la tranchée, je sentis mon pantalon raide, en partie gelé : je faisais donc des efforts pour me remettre debout. J’y parvins, non sans peine, et je fis les cent pas pour éviter que la gelée ne me gagne les pieds, comme c’était arrivé à quelques-uns de mes camarades qu’on avait évacués pour cette raison. Il ne fallait pas s’endormir : c’était les pieds gelés, ou même la mort (…)».

La carte postale adressée à Victorine SOURDAINE le 14 Janvier 1916 est originale en ce sens qu’elle représente une musique militaire allemande dans un village, près de Tahure. On vendait donc ces cartes postales de propagande dans les cantonnements de Châlons, sans doute pour rappeler aux poilus que l’ennemi était proche... et qu'il occupait nos villages détruits.
Le 14 Janvier 1916 - Ma chère soeur, tu m'avais demandé dans
une de tes dernières lettres de te donner quelques détails sur
notre vie dans les tranchées. Pour le moment nous nous trou-
vons à 5 ou 6 kilomètres du front. Seulement jusqu'au 2
Janvier nous en avons vu de dures. Nous travaillions dans
les premières lignes à gauche de Tahure à quelques mètres
des Boches et dame nous n'étions pas toujours à l'aise. Dès
qu'ils apercevaient une pelletée de terre ou entendaient le
bruit de la pioche, les balles nous sifflaient aux oreilles et les
obus tombaient drus. J'ai vu des choses tellement horribles que
je n'ose te les écrire. Plus tard si je reviens je pourrai en
parler. Nous avons surtout souffert de l'humidité et de la
boue mais que veux-tu il n'y a rien à dire c'est la guerre
et il faut exécuter sans discuter les ordres des supérieurs.
Jusqu'à présent je ne souffre pas trop mais cela durera-t-il encore
longtemps. Enfin je ne me fais pas trop de bile. Bons baisers. Joé.
Carte postale 7 - recto

Carte postale 7 - Verso


   LA "LONGUE MARCHE"

En février 1916 le 94e Régiment d'Infanterie va entreprendre une longue marche qui va le conduire de la Région de Châlons, en Champagne, jusqu'à Verdun.

Faut-il imaginer que le haut commandement ait décidé de renforcer le front de Verdun pour faire face à une offensive ennemie imminente ? L’attaque allemande sur Verdun va, en effet, déchaîner son enfer le 21 février 1916 à 7 heures 15...

Il est certain que le haut commandement français a été surpris. JOFFRE pensait en effet que la véritable attaque devait avoir lieu en Champagne et il préparait son offensive sur la Somme. Au contraire il avait fait désarmer tous les forts de la Meuse y compris Douaumont.

Le rassemblement des troupes à Châlons le 14 février, puis la remontée sur la rive gauche de la Marne ne semble pas marquer une hâte particulière puisque c'est à partir du 25 qu'on va se mettre véritablement en marche, à pieds bien entendu...

Toujours est-il que le 94e R.I. arrivera à point pour participer à la plus grande et la plus sanglante bataille de la première guerre mondiale.

ARCHITECTURE DU XXIIe CORPS D'ARMEE

* 42e Division d’Infanterie
     -  94e Régiment d'Infanterie
     -    8e et 16e Bataillons de Chasseurs à pied
     - 151e Régiment d'Infanterie
     - 162e Régiment d'Infanterie  R.I.

* 40e Division d’Infanterie
     - 154e Régiment d'Infanterie
     - 155e Bataillon de Chasseurs à pied
     - 150e Bataillon de Chasseurs à pied
     - 161e Régiment d'Infanterie

Registre des Marches et des Opérations du 94e Régiment d'Infanterie.
(Joseph SOURDAINE est affecté à la 8e Compagnie)

14 février 1916
Regroupement à Châlons. Départ à 10h de tout le Régiment réuni. Grande halte au Pont-Canal de Songy-aux-Moulins. Défilé devant le Général BERTHELOT commandant le XXXIIe Corps d'Armée à Mairy-sur-Marne à 14h30. Cantonnement de la 8e Cie à la Ferme de la Maison-Dieu.

25 février 1916 (Environ 15 kilomètres)
Mouvement par Togny-aux-Boeufs. Cantonnement de tout le Régiment à Songy.

26 février 1916  (Environ 30 kimomètres)
Marche en colonne de Brigade, le 94e R.I. en tête ayant une compagnie d’avant garde 500m avant. Songy à 7h. Route par St Lumier-en-Champagne et Bassuet. Grande halte de 13 à 15h avant l’arrivée à la côte 172 à 1500m de Varnault-les-Dames. Le 2e bataillon cantonne à Vernancourt.

3 mars 1916  (Environ 10 kimomètres)
Le 2e bataillon quitte Vernancourt à 8h15. Moulin de Bussy (à 400m au sud de Bussy-le-Repos). Cantonnement du 2e bataillon à Coutault-le-Maupas.

4 Mars 1916  (Environ 15 kimomètres)
Départ à 6h30. Noirlieu à 8h15. Epense. Côte 186. Sivry-sur-Ante.

6 Mars 1916  (Environ 25 kimomètres)
Départ de Sivry. La Neuville-aux-Bois. Givry-en-Argonne. Sommeilles. Laheycourt. Villotte-devant-Loupy (village au ¾ détruit - 90 maisons rasées sur 130)

8 Mars 1916  (Environ 25 kimomètres)
Départ de Villotte. Lisle-en-Barrois. Rembercourt. Sommaisne. Beauzée-sur-Aire. Fleury-sur-Aire. Arrivée à 16h à Ippécourt. Cantonnement à Ippécourt.

10 Mars 1916  (Environ 20 kimomètres)
Départ à 7h. Vadelaincourt. Besne. Nixéville. Route de Châlons jusqu’au passage à niveau. Chemin à un trait de la côte 283. Fort des Sartelles à Verdun à 20h. Cantonnement du 2e bataillon à l’Hôpital Ste Catherine.

11 mars 1916
La relève du 153e R.I. a lieu dans la nuit du 11 au 12. Départ de Verdun, le 2e bataillon en tête de 10 minutes en 10 minutes à partir de 17h. Itinéraire par le fort de Belleville et la route du fort de Belleville au fort de St Michel. La relève s’effectue sans incident au milieu d’une canonnade modérée (le 2e bataillon à droite en liaison avec le 201e). Le Régiment occupe un front d’environ 500m légèrement au sud de la route de Douaumont à Bras, à droite à hauteur du calvaire situé sur cette route à 1 km à l’ouest de Douaumont. Ligne de soutien et P.C. du Chef de Bataillon sur la hauteur de la côte 316 au sud de la ligne. P.C. du Chef de Corps dans la redoute à 1 km à l’ouest à l’embranchement des routes de Bras à Fleury et Douaumont à Fleury.

Les poilus en marche 1
Les poilus en marche
Photo extraite de l'Album" 1916 - Année de Verdun "
Service Historique de l'Armée de terre (Lavauzelle - ISBN N°2-7025-0381-0)

Pierre MIQUEL raconte :(...) Ils grognaient, mais poursuivaient leur marche, avec trente-cinq kilos de bagages sur le dos et deux rations de réserve dans la musette, cent cinquante cartouches dans les cartouchières, les grenades à manche, ainsi que le long couteau de tranchée, distribué à plus de cent mille exemplaires aux troupes d'assaut pour le "nettoyage", les paquets vides de sacs de terre, le masque à gaz, les pelles et les pioches, sans compter les effets de rechange, le fusil Lebel et sa baïonnette. (...)


Les poilus en marche 2

Quand on observe le trajet effectué pour aller de Châlons-sur-Marne à Verdun on ne peut qu’être surpris par l’itinéraire emprunté. En effet on commence par suivre la ligne de chemin de fer de Châlons à Vitry-le-François en direction du sud-est, puis à Songy, on oblique plein est, puis est/nord-est en direction de Verdun. A Vernancourt on se dirige plein nord vers Ste-Menehould jusqu’à Sivry-sur-Ante probablement pour prendre le train en direction de Verdun. Nouveau changement de direction, peut-être dû à l’attaque allemande, on repart plein sud pour contourner le massif forestier du sud de l’Argonne, avant de remonter sur Verdun. Pour faire une distance de 80 km à vol d’oiseau, les fantassins marcheront sur 140  km.
Pierre MIQUEL raconte la relève...

"...La 42e Division d’Infanterie (...)94e R.I., 8e  et 16e  B.C.P., 151e R.I., 162e  R.I.) forme, avec la 40e Division d’Infanterie (154e R.I., 155e R.I., 150e R.I. et 161e R.I.) le XXXIIe  Corps d’Armée qui monte en ligne en Mars 1916, la 40e D.I. sur la rive gauche de la Meuse et la 42e D.I. sur la rive droite.   …»

Sortira-t-on jamais de cet enfer ?
Ceux qui ont combattu depuis le 6 sur la rive droite de la Meuse posent la question aux nouvelles troupes qui arrivent en secteur. Parmi celles-ci, le 11 Mars, les fantassins du 151e, troupe d’élite, régiment levé dans la région de Verdun et particulièrement attaché à sa défense. Il avait quitté le 2 août 1914 sa caserne Miribel pour livrer la bataille des frontières. Il formait, avec le 94e de Bar-le-Duc, la 84e  brigade de la 42e division, entièrement constituée de soldats des bords de la Meuse et des villages de Lorraine(*). Le 162e d’infanterie, les 8e et 16e bataillons de chasseurs faisaient aussi partie de la grande unité qui défendait ses terres. Des parisiens, des conscrits ou des réservistes du Nord complétaient les effectifs...

Ils avaient quitté la Champagne à la fin de février pour se retrouver dix jours plus tard dans le pire secteur du front. Ils prenaient position sur la côte de Froideterre, à cheval sur la route de Bras à Douaumont, au dessus du ravin de la Dame, encore appelé ravin de la Mort, exactement au sud-ouest du fort. Ils ne savaient pas encore qu’ils étaient des privilégiés: l’ennemi n’attaquerait pas dans ce secteur.
Mais les bombardements n’y cessaient pas. Les nouveaux venus devaient apprendre à se cacher. Les obus sillonnaient la crête par rafales de dix ou douze. Ils tiraient aussi la nuit pour contrarier le ravitaillement des Français (...)
Les pertes qui s’accumulaient entraînaient un renouvellement constant des effectifs par rotation des divisions. (...) On ne pouvait que s’y faire tuer en tenant le front. Le 30 mars une nouvelle division, celle du général Bouyssou, relevait au front la 42e de Deville, réduite à l’ombre d’elle même (...)"
(*) et certainement de quelques bretons (Note personnelle)


Henri LAPORTE raconte aussi cette relève...

"...Vers trois heures du matin, le régiment en entier se mettait en marche vers les tranchées de Verdun.
La neige avait cessé de tomber, mais le froid était vif, et la marche rendue difficile par le sol glissant. Nous suivîmes un moment la Meuse, puis nous obliquâmes à droite du premier fort de Verdun, le fort de Souville si je me souviens bien.
Après une bonne heure de marche, nous fîmes halte un quart d’heure environ à proximité du fort de Froide-Terre. Cet ouvrage était démoli entièrement. La lune s’était levée et nous apercevions, à perte de vue, le panorama des environs de Verdun. Nous étions sur les Hauts de Meuse, si souvent notés dans les communiqués de presse.
Après avoir remis le sac à dos, nous reprîmes notre route avec force de culbutes sur la neige glissante. Nous descendîmes sur les pentes vallonnées du fort, et il pouvait être cinq heures du matin lorsque nous atteignîmes la lisière d’un bois, en haut d’une crête.
Nous allions traverser le ravin de Douaumont. Le fort qui porte son nom était situé à environ deux kilomètres. Nous le laissâmes sur notre droite.
En descendant de la crête, il fallait faire vite à travers bois, car les Allemands pressentant une relève, commençaient à nous asperger d’obus. Heureusement nous n’eûmes que quelques pertes à déplorer dans ce passage. Au bas du ravin, un spectacle affreux nous attendait. Des cadavres de chevaux gisaient çà et là, dégageant malgré le froid, une odeur irrespirable : des cadavres humains, parmi ces pauvres débris d’animaux, étaient allongés un peu partout (les brancardiers n’avaient pas encore pu les enlever). C’était, comme nous l’apprîmes des morts des combats de la veille (...)

Les tranchées que nous occupions étaient peu profondes, aussi nous nous mîmes au travail dès notre arrivée, pour mieux nous abriter des balles. A l’aube, notre 75 et nos grosses pièces commençaient le bombardement des lignes ennemie. Les Allemands répondirent aussitôt par un feu violent : les marmites ne tombaient pas loin de nous. Ce duel d’artillerie dura environ deux heures. Une mitrailleuse allemande tirant sur nous (côté Douaumont) prenait le dessus de notre tranchée en enfilade : aussi ne pouvions nous remuer qu’aussitôt une pluie de balles faisait sauter la terre près de nous (...)"


   VERDUN - SECTEUR DE DOUAUMONT

Registre des Marches et des Opérations du 94e Régiment d'Infanterie.
(Joseph SOURDAINE est affecté à la 8e Compagnie)

12 mars 1916
Canonnade violente sur tout le secteur, surtout par de la grosse artillerie.
Pertes : - tués 4 - blessés 23
- Sous-lieutenant MANGIN blessé
- Sous-lieutenant MARVEL, commotionné

13 mars 1916
Dans la nuit du 12 au 13 le bataillon SAUGET cède l’extrême droite de sa ligne (ouvrage B et abris au sud-est du point 2 Marvé) au 16e B.C.P. qui relève le 201e. La liaison s’établit donc à droite avec le 16e B.C.P.
Pertes : Tués 6 - Blessés 27
- Reçu l’ordre suivant :
G.Q.G. le 11 Mars 1916  - Ordre Général N° 57
"Soldats de l’Armée de Verdun, depuis 3 semaines vous subissez le plus formidable assaut que l’ennemi ait tenté contre nous. L’Allemagne escomptait le succès de cet effort qu’elle croyait irrésistible, auquel elle avait consacré ses meilleures troupes et sa plus puissante artillerie."
Elle espérait que la prise de Verdun raffermirait le courage de ses alliés et convaincrait les pays neutres de la supériorité allemande. Elle avait compté sans vous. Nuit et jour, malgré un bombardement sans précédent, vous avez résisté à toutes les attaques et maintenu vos positions. La lutte n’est pas encore terminée, car les Allemands ont encore besoin d’une victoire, vous saurez le leur arracher. Nous avons des munitions en abondance et de nombreuses réserves. Mais vous avez surtout votre indomptable courage et votre foi dans les destinées de la République. Le pays a les yeux sur vous. Vous serez de ceux dont on dira : "Ils ont barré aux Allemands la route de Verdun"   Signé JOFFRE
14 mars 1916
Situation inchangée.
On creuse et on améliore les tranchées à peu près inexistantes au moment de la relève.
Bombardement de l’hôpital, lieu de stationnement des T.C. 16 chevaux tués, 5 conducteurs blessés.
Pertes : tués 2 - blessés 19.

15 mars 1916
Situation inchangée.
Le Chef de bataillon CORSIN et le Sous-lieutenant PRIOLLET sont tués dans la tranchée de première ligne par un obus de 77.
Pertes : 1 tué - 27 blessés - 1 malade évacué.
Champ de bataille de Verdun
Le champ de bataille de Verdun où Joseph SOURDAINE a été engagé.
16 mars 1916
Sans changement.
Canonnade violente. On organise le secteur.
Pertes : 2 tués - 23 blessés

17 mars 1916
Sans changement. Même situation.
Sous-lieutenant SAUNIER tué
Sous-lieutenant ECHARD blessé
Pertes : tués 4 - blessés 40 - évacués 2
18 mars 1916 Situation inchangée.
Pertes : tués 8 - blessés 35

19 mars 1916
Situation inchangée.
Pertes : tués 8 - blessés 42

20 mars 1916
Situation inchangée.
Pertes : tués 8 - blessés 26

21 mars 1916
Situation inchangée.
Pertes : tués 4 - blessés 16

22 mars 1916
Situation inchangée.
Pertes : tués 2 - blessés 14

23 mars 1916
Situation inchangée.
Bombardement toujours intense par rafales, de la première et surtout de la deuxième ligne.
Pertes : tués 8 - blessés 19

Nuit calme à Douaumont
Nuit Calme à Douaumont...
Région de Douaumont
Paysage de campagne dans la région de Douaumont.

24 mars 1916
Situation inchangée. - Bombardement du ravin Taillement - et des cuisines roulantes ; perte d’une partie des aliments ; on doit consommer un jour de vivres de réserve.
Ordre Général N° 158 de la 42e D.I.
«Le Général commandant la 42e D.I. croit de son devoir d’exprimer aux troupes d’infanterie, d’artillerie, du génie de la Division, des remerciements pour l’effort considérable qui a été fait dans le secteur, pendant ces derniers jours.
Grâce au dévouement prodigué par les Officiers, à l’énergie inlassable de la troupe, on est arrivé au résultat de s’accrocher solidement au sol et d’opposer à l’ennemi une barrière qu’il ne franchira pas.
Il se pourrait qu’en raison des circonstances le  commandement supérieur fût appelé à demander à la Division un nouvel effort en la maintenant quelques jours encore dans une situation précaire. Le Général commandant la Division sait que ce n’est pas en vain qu’on fait appel au bon esprit de tous, à l’heure où les destinées de la Patrie sont en suspens et où la victoire dépend de l’énergie déployée.
Le Général insiste pour que tous les soldats dans la tranchée soient mis au courant des sentiments qui animent le commandement vis à vis de ceux qui donnent en ce moment un magnifique exemple digne de leurs aînés à proposer en exemple aux générations futures.
Grâce à eux les Allemands n’entreront jamais à Verdun.»

25 mars 1916
Situation inchangée. Canonnade violente. Travail continu.
Pertes : tués 4 - blessés 31

26 mars 1916
Situation inchangée. Bombardement et travail.
Pertes : tués 10 - blessés 47

27 mars 1916
Ordre général d’Opérations N° 199 du 23 mars de la 42e D.I.
Ordre général d’Opérations N°  49 du 23 mars de la 83e Brigade
Ordre général d’Opérations N°  50 du 24 mars de la 83e Brigade
Ordre général d’Opérations N°  52 du 26 mars de la 83e Brigade
Le Colonel règle l’occupation du secteur de la manière suivante en exécution des ordres précités. Front divisé en trois secteurs occupés de droite à gauche par les 1er, 2e et 3e bataillon.
Dans chaque bataillon, deux compagnies en ligne, une compagnie au repos.
Compagnies de mitrailleuses (avec cm1, cm2 et cm3 du 83e et cm16/3) trois compagnies en ligne, une au repos.
La relève des unités de mitrailleuses devant avoir lieu toujours le lendemain de la relève des autres unités.
Compagnies relevées dans la nuit du 27 au 28 : 3e , 6e et 12e.
Vont au repos avec ses trois compagnies : Commandant SAUGET, Capitaine Adjt Major FLORENTIN. Cantonnement Hôpital Marguerite à Verdun. Mouvement difficile dans la boue dans un terrain bouleversé, avec une obscurité complète et sous la canonnade. Les derniers éléments ne quittent le P.C. du Colonel (...) qu’à quatre heures.
Pertes : tués 9 - blessés 20.

28 mars 1916
Ordre Général N° 575 de la 2e Armée - Groupement GUILLAUMAT
Les compagnies 3, 6, 12 relevées du secteur sont enlevées à onze heures en automobile à Baleicourt et conduites à Fleury-sur-Aire au repos.
Pertes : tué 1 - blessés 15.

29 mars 1916
Situation inchangée.
Tué le Capitaine de VAUSSAY Adjt major au 2e bataillon
Pertes : tué 1 - blessés 6.

30 mars 1916
La 2e et la 4e compagnie ainsi que la compagnie de mitrailleuses cm/3 sont relevées par des éléments du 118 qui relèvent en même temps les 8e et 16e B.C.P. Ces compagnies vont à pied à Baleicourt afin d’embarquer en automobiles pour Fleury-sur-Aire. Reconnaissance du secteur par les officiers du 19e pendant la nuit du 30 au 31.
Pertes : tués 4 - blessés 11.

31 mars 1916
Ordres N° 205, N° 208 et N° 209 de la 42e D.I. et Ordre N° 63 de la 83e Brigade.
Les compagnies du 94e restant en ligne sont relevées par les 1er et 3e bataillon du 19e. La relève commence à 22 heures sous un bombardement qui retarde les opérations. Les 1ère, 8e, 9e, 10e, 11e et cm/1 sont relevées dans le courant le la nuit. A quatre heures cinquante il fait jour et la relève des 5e, 7e et cm/2 n’est pas faite. Le colonel GAUCHER commandant la 83e Brigade téléphone et donne l’ordre de garder jusqu’à la nuit les compagnies non relevées qui ne peuvent pas franchir les crêtes de jour. En conséquence les 5e, 7e et compagnie cm/2 reçoivent l’ordre de rester dans les lignes jusqu’à la nuit. Le Colonel et son adjoint, les Chefs de bataillon des 2e et 3e bataillons, les commandants de compagnie restent en ligne avec leurs successeurs jusqu’au 2 avril deux heures.
Les unités relevées s’embarquent en automobiles à Baleicourt pour Haironville.
Les trois compagnies relevées le 28 (3e, 6e, 12e) font route à pied de Feury-sur-Aire à Haironville par Varney.
Les T.C. et échelons et compagnies de mitrailleuses font route par voie de terre également, par Blercourt, Ippécourt. Violente canonnade sur le secteur.
Sous-lieutenant CAVROT tué
Pertes : tués 3 - blessés 20

1er avril 1916
Les 5e et 7e compagnies et la cm/2 sont relevées à la nuit et commencent leur mouvement sous une violente canonnade.


   REPOS A HAIRONVILLE

Haironville est un petit village meusien à mi-chemin entre Bar-le-Duc et Saint-Dizier traversé par une petite rivière, la Saulx. Les poilus avaient emprunté la "Voie Sacrée" entre Verdun et Bar-le-Duc sur laquelle roulait nuit et jour une noria de camions alimentant le front de Verdun en hommes et en matériel. Baleicourt, leur point d'embarquement, se situe à quelques kilomètres sous Verdun.

Registre des Marches et des Opérations du 94e Régiment d'Infanterie.

le 2 avril 1916
Les compagnies se rendent à Baleicourt où elles sont enlevées en auto à quinze heures pour Haironville. Le Colonel quitte son P.C. à quatre heures.
Cantonnement du Régiment : Etat-major 2e, 3e bataillon à Haironville - 1er bataillon et compagnies de mitrailleuses à Rupt-aux-Nonains.
Incorporation de 164 hommes venant du 167e R.I.
Lettre - Page 1
Haironville, 2 Avril 1916

Chère soeur

   Après 21 jours de tranchées nous
avons enfin été relevés hier. Il était
temps car tous nous étions fati-
gués à l'extrême. Pendant no-
tre séjour en 1ère ligne, le
régiment a eu des pertes sen-
sibles, environ 900 tués et blessés.
Je t'assure que nous nous trou-
vons à l'aise ici. Au moins
nous sommes tranquilles pour
dormir et notre sommeil n'est
pas troublé par le bruit as-
sourdissant des canons. Je ne

Lettre - Page 2

sais combien de temps nous res-
terons ici, mais toujours est-il
que nous avons grand besoin de
repos. Le patelin n'a pas souf-
fert de la guerre et la vie y
est la même qu'en temps de
paix. Cà fait plaisir de se re-
trouver parmi les civils et
on a vite oublié les misères et
les horreurs de la tranchée.
Nous nous rattrapons des priva-
tions qu'il nous a fallu subir
pendant les trois longues et inou-
bliables semaines. Les épiceries
et les cafés sont pris d'assaut
et on a beaucoup de peine à
se procurer ce qu'on désire avec
son argent. On est tellement
vorace que la provision ne

Lettre - Page 3

suffit parfois pas à satis-
faire tout le monde, mais en-
fin avec un peu de patience
on réussit à se tirer d'affaire.
Ce qui m'a fait le plus plai-
sir c'est de trouver de l'eau
pour me nettoyer entièrement,
changer de linge et me dé-
barrasser de mes totos. Quel
soulagement je t'assure, on
ne peut s'en faire une idée.
Il fait un temps superbe et
on est heureux de se retrouver
un peu en liberté. Ce ne sera
sans doute pas long, mais nous
aurons toujours cela de bon en
passant. Au moins pendant
quelques jours on va pouvoir
boire à sa soif.
Lettre - Page 4

La santé est satisfaisante et
si je ne suis pas blessé j'ar-
riverai difficilement à me
faire évacuer. Je m'étonne d'être
aussi résistant.
    Reçois mes meilleures af-
fections.

Joé

Cette lettre est la dernière connue de Joseph SOURDAINE. Elle résume avec une extrême simplicité tous les malheurs du poilu de Verdun : la fatigue, le manque de sommeil, le bruit incessant de la canonade, les camarades blessés ou morts, la faim, la soif, la crasse, les poux (les totos), bref toute l'horreur de la tranchée...

Pour en savoir un peu plus sur ce joli village lorrain où Joseph SOURDAINE a connu ses dernières journées heureuses :
http://haironvilleautempspass.blogspot.com/

le 3 avril 1916
Sans changement.
Incorporation de 100 hommes venant du bataillon divisionnaire, Classe 1916, et de 67 hommes venant du 37e et du 156e R.I.

les 4, 5, 6 & 7 avril 1916
Sans changement.


   LE MORT-HOMME - CUMIERES

"LES ARMEES FRANCAISES DANS LA GRANDE GUERRE" - Tome 4 - Volume 1 Précis - Pages 430 et suivantes

«Au Groupement BERTHELOT la relève de la 40e D.I. par la 42e, commencée le 5 avril, s'achève dans la nuit du 8 au 9. Le 9 au matin cette division a sa 84e Brigade à gauche (162e et 151e R.I.), sa 83e Brigade à droite (8e et 16e Bataillons de Chasseurs, 94e R.I.), la liaison des deux unités se faisant à la côte 295.
Sont en réserve : sur la deuxième position, deux bataillons de la 84e Brigade (un pour chaque Régiment) et deux compagnies de chasseurs de la 83e Brigade, aux Bois Bourrus un bataillon du 94e
(1) (83e Brigade).»
(1) Il s'agit du 2e Bataillon du 94e RI (5, 6, 7 & 8e Compagnies).

Plan de bataille 1

Registre des Marches et des Opérations du 94e Régiment d'Infanterie. (Joseph SOURDAINE est affecté à la 8e Compagnie)

Ordre de la Division N°768.
Note de service de la Brigade N°58 du 6 Avril
.
Le Régiment tout entier est enlevé en automobile à 9h sur la route de St Dizier à Bar-le-Duc, la tête du convoi à la jonction de cette route avec celle de Haironville à Brillon. Itinéraire par Bar-le-Duc, Souilly, Route de Ste Menehoulde. Arrêt devant Blercourt.

le 8 avril 1916
Le Régiment relève le 155e dans le secteur nord-ouest de Cumières, sud du Bois de Cumières, Cumières village avec des postes de surveillance jusqu'à la Meuse.
A droite le 1er bataillon et la Cie de mitrailleuses 94/3.
A gauche le 3e bataillon et la Cie de mitrailleuses 16/3.
En 2e ligne la Cie de mitrailleuses 94/1.
En 3e ligne le 2e bataillon et la Cie de mitrailleuses 94/2.
(Les 2ème et 3ème lignes sont inversées selon qu'il s'agit du R.M.O. et du Rapport du Colonel DELESTRE reproduit plus bas - Cf Plan de Bataille ci-contre)
Relève effectuée sans incident, sans perte, terminée à 1h. T.R. au Bois de Sivry-la-Perche T.C. au Bois du Bouchet. Bureau du Colonel à Géronville. P.C. du Chef de corps: Chattancourt.
Plan de bataille 2

Pierre MIQUEL situe la bataille ...
« ...La prise de la côte 295 pouvait en effet permettre une offensive de grand style contre le Mort-Homme, dernier rempart de Verdun sur la rive gauche.
La 42e division, dite de Verdun, commandée par le général Deville, très mal remise de ses pertes antérieures, montait en ligne dans ce secteur. Elle avait été chargée dans les camions qui remontaient la  "Voie sacrée" pour intervenir au plus tôt. Elle était dirigée sur le Mort-Homme et prenait ses emplacements dans des positions installées par le Génie. Pendant la nuit, les soldats assistaient au bombardement furieux du Mort-Homme et de la côte 304. A l’aube du 9 Avril, le tir des canons allemands reprenait, avec une violence accrue, jusqu’à treize heures...
La 42e division (...) devait être, une fois de plus, recomplétée. Elle avait subi de plein fouet le choc ennemi sur la rive gauche. (...) L’ennemi poursuivait ses attaques furieuses le 10 Avril, sur les deux rives de la Meuse...
Pendant quatre jours, jusqu’au douze, une lutte sans merci, précédée de bombardements inouïs, va se dérouler sur les deux rives pour la possession du Mort-Homme (...) les lance-flammes et les minen ennemis interviendront par masse, avec tous les calibres  d’artillerie. Les Allemands marqueront de gros succès. Mais nos contre-attaques seront également de gros succès ! L’exaspération des fantassins est poussée au désespoir, chez les assaillants en raison de notre résistance tenace, chez nos hommes en raison de la sauvagerie des bombardements qui ont précédé les assauts... »


Henri LAPORTE l'a vécue...
« ...Le matin du 9 avril, comme pour tromper l’adversaire, notre artillerie, contrairement à son habitude, n’envoya que quelques obus, bien loin à l’intérieur des lignes allemandes.
Vers onze heures quarante-cinq nous étions tous à nos postes de combat en attendant "l’heure H". A midi exactement, une fusée partit des tranchées allemandes, et aussitôt une première vague d’assaut sauta le parapet ? C’étaient tous de superbes gaillards. Lorsque cette masse d’hommes en rangs serrés eut parcouru environ une dizaine de mètres, le feu croisé de nos mitrailleuses faucha, littéralement, les premiers rangs. La deuxième vague sortit à son tour et subit le même sort que la première.
Ceux des Allemands, et ils n’étaient pas nombreux qui réussissaient à passer à travers cet ouragan de mitraille étaient abattus à coup de carabines ou de grenades. Notre artillerie (pièces de tous calibres) entra en action, cinq minutes environ après le déclenchement de l’attaque allemande.
Quel enfer de feu ! Quel bruit infernal ! Les vagues allemandes sortaient toujours aussi nombreuses, et en rangs serrés. Elles venaient grossir, au fur et à mesure, les monceaux de cadavres déjà étendus devant nous. Les canons des mitrailleuses prenaient une teinte rougeâtre. Nous tirions sans arrêt. Nos canons de 75 faisaient, de leur côté, d’énormes ravages dans les tranchées allemandes, tout se suite en arrière des vagues d’assaut. Notre grosse artillerie arrosait les réserves allemandes sans arrêt. Les Allemands tombaient toujours, en avant de nos lignes. C’était un vrai carnage... »

Registre des Marches et des Opérations du 94e Régiment d'Infanterie.
(Joseph SOURDAINE est affecté à la 8e Compagnie)

le 9 avril 1916
A 6h commence un très violent bombardement des tranchées et des arrières du secteur, bombardement dont l’intensité ne fait que s’accroître jusqu’à midi. La tranchée Servagnat (1ère ligne vers la gauche) qui n’était pas terminée est complètement rasée ainsi que les boyaux de liaison. A ce moment le feu cesse puis reprend à plusieurs reprises par rafales violentes.
A midi 25 (13h15 heure allemande) les Allemands se portent violemment à l’attaque. Les fusées rouges étaient prêtes pour demander les barrages d’artillerie et partirent immédiatement mais le barrage ne se déclencha que 10 minutes plus tard et d’abord assez peu intense.
L’attaque fut particulièrement vive à la liaison du bataillon SAUGET avec le Bataillon GAMBERT. La tranchée Servagnat et les boyaux étaient à cet endroit complètement nivelés par les obus et les minens. L’attaque allemande put pénétrer là sur les tranchées occupées par les 3e et 12e compagnies.
A gauche le tracé des tranchées permettant un nivellement plus efficace par les mitrailleuses, l’attaque put être enrayée devant les fils de fer où l’ennemi subit de grosses pertes. Cependant par un mouvement de flanc l’ennemi réussit à pénétrer dans la partie de la tranchée de 1ère ligne (Delaperche) dans le boyau Mano et dans une partie de la tranchée de soutien (La Flotte). Le S/s Lieutenant BASTIEN à la tête d’une section reprend à la grenade 140m de la 1ère ligne jusqu’au boyau Mano ; le S/s Lieutenant DOUCET...
Pertes : 2 officiers disparus présumés ensevelis sous un éboulement (RAFFIN et JALLOU (?)
2 officiers blessés Capitaine LECOMTE et S/s Lieutenant BONNET
100 tués, 96 blessés et 30 disparus.

Les 6e et 8e Cie du 94e R.I. étaient mises à la disposition de la 84e Brigade (151e R.I.) attaquée sur le Mort-Homme.

Rapport du Colonel DELESTRE sur l’attaque allemande du 9 avril sur le front du Régiment.

« Le Régiment avait relevé le 155e dans la nuit du 8 au 9 dans les conditions suivantes : deux bataillons sur la première position, un bataillon et une compagnie de mitrailleuses sur la deuxième position, une compagnie de mitrailleuses 94/1 sur la troisième position avec une compagnie de mitrailleuses 94/2. Les deux bataillons occupant la première (position) sont accolés, (...) la compagnie de mitrailleuses 94/3 et la compagnie de mitrailleuses 16/3 à droite, le 1er bataillon (bataillon SAUGET) tenant le village de Cumières et surveillant la Meuse jusqu’au gué des Pierres, à environ 25 mètres à l’est de la position des tranchées Servagnat-Curnier; à gauche, le 3e bataillon (bataillon GAMBERT) jusqu’au boyau Nallet.

La relève s’est faite sans incident. Le 9 à une heure, les troupes étaient en place. Vers trois heures, le commandant de la 12e compagnie rendait compte que l’ennemi commençait à couper notre réseau devant son front. Un barrage demandé à l’artillerie arrêtait net cette tentative.
Vers six heures commençait sur la première position un bombardement par les obus de gros calibre, de minenwerfer, dont l’intensité ne fit que s’accroître jusque vers douze heures trente. L’action des minen était particulièrement dirigée sur le saillant du Verger et sur la partie du boyau Servagnat comprise entre le saillant et la jonction avec la tranchée Curnier. Les effets de ce bombardement furent la destruction des travaux en cours d’exécution en première ligne (tranchées Servagnat et Curnier) qui, profondes de 80 centimètres, furent en partie comblées. Vers midi vingt il y eut suspension du bombardement pendant quelques minutes pendant lesquelles les Allemands tirèrent quelques coups de feu ; ensuite une violente rafale d’artillerie suivie aussitôt du déclenchement de l’attaque.
Nos fusées étaient prêtes ; elles n’eurent malheureusement pas de résultat immédiat et ce ne fut qu’au bout de huit minutes, après qu’on eut réitéré les signaux, que notre tir de barrage se déclenchait. Peu actif au début il devient vite normal, mais déjà l’attaque allemande avait atteint nos lignes.
L’attaque a été particulièrement violente. Elle a débouché des ouvrages blancs et du Bois de Cumières. Son objectif semble avoir été le saillant du Verger ; c’est en tous cas sur ce point que se sont portés leurs efforts dont la 2e a eu à supporter la plus violente manifestation. Du point de jonction avec les bataillons SAUGET jusqu’au boyau du Verger les tranchées étaient bouleversées, le réseau détruit. Le Capitaine LECONTE était blessé, ses deux lieutenants et un grand nombre d’hommes ensevelis par l’explosion ; les tranchées furent perdues. A droite l’ennemi, malgré les pertes que lui inflige le tir des mitrailleuses de la compagnie de mitrailleuses 94/3 prenait pied dans la partie de la tranchée Servagnat tenue par deux sections de la 3e compagnie.
A gauche du saillant devant le front des 9e et 11e compagnies, grâce au tracé facilitant le flanquement par les mitrailleuses, l‘ennemi est d’abord arrêté. Il se couche devant les réseaux très peu abîmés, devant le front de la 11e compagnie. Les mitrailleuses et la mousqueterie font la bonne besogne. On pense évaluer à 200 le nombre de cadavres allemands restés dans les fils de fer devant le front de 9e compagnie. Cependant, la 1ère section de la 9e, dont le chef est hors de combat, dressée entre les Allemands qui ont fait irruption dans les tranchées de la 12e compagnie et un groupe ennemi qui, malgré l’énormité de ses pertes, l’attaque de front, perd sa tranchée ; l’ennemi y prend pied et y progresse.

C’est alors que le Sous-lieutenant BASTIEN de la 9e compagnie, levant avec une rare énergie sa section à laquelle se sont joints des volontaires de la 11e compagnie, regagne, par un combat à la grenade vigoureusement mené, 140 mètres de tranchée.
Pendant ce temps-là le Sous-lieutenant DOUSSET de la compagnie de soutien (10e) envoyé en renfort avec sa section, reprend le boyau Malaval et le boyau Laflotte.
Mais les sections s’usent et il reste à chasser l’ennemi du boyau Mano dans lequel il a pris pied. Cette mission est confiée au Capitaine JACQUES avec une portion de sa réserve. Mal engagée par le Capitaine qui, souffrant, dut en abandonner le commandement à un sous-officier, cette section ne put remplir complètement son rôle.
Sur les 36 hommes qui lui restaient encore de disponibles de la 10e compagnie, le Chef de bataillon GAMBERT en donne 20 au Lieutenant SENCIER avec lequel cet officier, qui a montré au cours de cette journée de belles qualités qui l’ont déjà signalé à l’attention de ses chefs, peut reprendre une partie de la tranchée Mano.
De son côté le Chef de bataillon SAUGET avait dû, pour soutenir la 3e compagnie mettre à disposition du Capitaine TRANCHANT une fraction de la 4e compagnie (Lieutenant FABE).
Grâce à ce renforcement la 3e compagnie peut, par une lutte à la grenade, regagner 150 mètres dans le boyau Curnier.
Le Capitaine TOUSSAINT (2e compagnie) pour arrêter la progression des Allemands dans la tranchée Servagnat, établit un barrage dans cette tranchée sur le chemin de Forges.
La situation en fin de journée est la suivante (22 heures) :
- Les Allemand occupent la tranchée Servagnat depuis le boyau du Verger jusqu’au Chemin de Forges à Cumières et la partie nord de la tranchée Mano.
- La tranchée Curnier insuffisamment approfondie est neutre.
- Dans la lutte à coup de grenades pour reprendre les éléments de tranchées dans lesquels l’ennemi avait réussi à prendre pied avant qu’il ait été possible de le chasser. Le Régiment a fait 42 prisonniers dont 2 officiers. (...) l’ennemi en à d’autres dans les trous d’obus.
- Les pertes sont sérieuses mais néanmoins moins grandes que ne les annonçaient les premiers renseignements.
- 1er bataillon : Les renseignements précis manquent encore; on peut évaluer les pertes de ce bataillon à 1 officier, le Sous-lieutenant BONNET, et 100 hommes hors de combat.
- 3e bataillon : De la 12e compagnie (appel fait) il reste 1 sergent et 20 hommes. Officiers hors de combat : Capitaine LECONTE blessé, Sous-lieutenant BALLON et RAFFIER présumés ensevelis. - 9e compagnie : tués 3, blessés 5, disparus 28. - 11e compagnie : tués 2, blessés 13. - 10e compagnie : les pertes de cette compagnie qui a encore cette nuit conduit des combats à la grenade ne sont pas encore connues.
Les officiers ont rivalisé d’ardeur, les hommes ont été dignes de la réputation du Régiment.
Il n’est pas possible au Chef de corps dans un rapport écrit hâtivement, de signaler au commandement tous ceux qui se sont particulièrement distingués au cours de ces trois dernières journées, il craindrait d’en oublier et adressera dès qu’il aura les précisions nécessaires les demandes de récompenses dues.
Mais il tient à signaler sans plus attendre les officiers qui ont plus particulièrement contribué à soutenir et à repousser la violente attaque des Allemands sur le front du Régiment. Il a nommé le Chef de bataillon GAMBERT, le Lieutenant SANCIER, les Sous-lieutenants DOUSSET et BASTIEN et les propose, le premier pour une citation à l’ordre de l’Armée, le Lieutenant SANCIER pour une citation la l’ordre du Corps d’Armée, le Sous-lieutenant DOUSSET pour le grade de Chevalier de la Légion d’Honneur et Sous-lieutenant BASTIEN pour une citation à l’ordre du Corps d’Armée. »


Signé DELESTRE

Le 9 avril 1916 Pétain publie son ordre du jour historique.
«Le 9 avril est une journée glorieuse pour nos armes. Les assauts furieux des armées du Kronprinz ont été partout brisées. Fantassins, sapeurs, artilleurs, aviateurs de la II Armée ont rivalisé d’héroïsme. Honneur à tous ! Les Allemands attaqueront sans doute encore. Que chacun  travaille et veille pour obtenir le même succès qu’hier... Courage, on les aura !... »

le 10 Avril 1916

Le Colonel recevait dans la matinée du 10 le message téléphoné suivant:
« Le Général commandant l’Armée, le Général commandant le Corps d’Armée adressent aux troupes de la 42e D.I. et à celles sous les ordres du Général DEVILLE toutes leurs félicitations pour leurs magnifiques efforts accomplis dans le combat du 9 Avril.
Pour témoigner sa satisfaction, le Général commandant le Corps d’Armée décerne immédiatement une Médaille Militaire pour chaque bataillon de la Division (94e, 1er et 3e bataillon) à la suite des combats du 9, le Sous-lieutenant DOUSSET est proposé pour Chevalier de la Légion d’Honneur, le Commandant GAMBERT pour une citation à l’ordre de l’Armée ainsi que le Sous-lieutenant BASTIEN. »
Tranchées à Cumières
Tranchées dans les rues de Cumières

La 8e compagnie relevée à la 84e Brigade (151e) est remise à la disposition du Colonel ainsi que les 3 sections de la compagnie de mitrailleuses 94/2. Le Colonel donne la 8e compagnie au Commandant GAMBERT, avec deux sections de mitrailleuses et une section de mitrailleuses au Commandant SAUGET (1er bataillon). Mais ces compagnies libérées trop tard ne peuvent rejoindre leurs emplacements avant le jour. Elles passent la journée jusqu’à la nuit à Cumières et rejoignent leurs nouveaux postes à la nuit. Jusqu’à midi la matinée est calme. A midi reprise du bombardement avec violence et accompagnement des minen.
La 7e compagnie mise à la disposition du 8e B.C.P. arrive à dix-sept heures par le boyau N°2.
Elle est arrêtée jusqu’à la nuit sur les pentes sud du ravin des Caurettes, dans ce boyau par le tir des mitrailleuses ennemies. Le Lieutenant CARTIER-BRESSON commandant la compagnie est blessé.
A vingt heures attaque allemande sur le ravin des Caurettes. La 7e compagnie (1ère et 2e sections) reçoit l’ordre de contre-attaquer à vingt-deux heures sur les pentes nord du ravin des Caurettes. Le Sous-lieutenant DUPRÉ est blessé en reconnaissant le terrain avant l’attaque. Les 2 sections sous le commandement de l’Adjudant BRISSET font la contre-attaque; mais, pris sous un feu de pétards et de bombes, ils sont obligés de se retirer après avoir perdu beaucoup de monde sur les pentes sud du ravin.

Pas d’attaque dans les secteurs des 1er et 3e bataillons. Pertes :
- Lieutenant CARTIER-BRESSON blessé, Sous-lieutenant RAULIC, Sous-lieutenant DUPRÉ blessés, tués 3, blessés 50.
Une contre-attaque devait être déclenchée à trois heures trente avec 2 compagnies du 151e à la gauche du 8e B.C.P. où est engagée la 7e compagnie dont la situation est critique et les effectifs tout à fait réduits. Mais ces deux compagnies, mal guidées, se perdent et vont à Cumières où elles arrivent avec le jour et qu’elles ne peuvent quitter qu’à la nuit pour rejoindre le 8e B.C.P. Mais dès le point du jour les Allemands venant de l’ouest attaquent la gauche du 8e B.C.P. dans le ravin du Bois des Caurettes avec des liquides enflammés. Les éléments restant du 8e B.C.P. et de la 7e compagnie du 94e refluent vers le fond du ravin des Caurettes en restant isolés par le bombardement très intense ; quelques hommes seulement parviennent à s’échapper en longeant une levée de terre sur la pente sud du ravin.
Aucune bataille pendant la journée sur le front des 1er et 3e bataillons. Bombardement intermittent.
La 4e section de compagnie de mitrailleuses 94/2 est remise à la disposition du Colonel commandant le 94e qui s’en sert pour renforcer la défense du 3e bataillon; cette section arrive  à Cumières à vingt heures. Pertes : 12 tués, 42 blessés, 90 disparus.
Emplacement du village de Cumières

Registre matricule 3
C'est dans cette journée du 10 avril, à Cumières, que Joseph SOURDAINE a été mortellement blessé, probablement par une balle, qui l'a transpercé de part en part à l'hypocondre droit, c'est-àdire dans la partie supérieure de l'abdomen, à hauteur du foie. Même de nos jours, entre les mains d'un chirurgien expérimenté, dans un hôpital moderne, c'est une blessure qui laisse peu d'espoir. Alors, dans les tranchées de Verdun elle était à coup sûr mortelle...
Et pourtant... Le pauvre Joseph n'a même pas eu la chance de mourir sur le coup.
Imaginons-le, dans sa tranchée, meurtri, tordu de douleurs, ses deux mains crispées sur son ventre sanglant, couché dans cette terre lorraine, conscient, sans doute, qu'il ne reverrai plus jamais le ciel de sa Bretagne...
Imaginons sa douleur, sa peur panique de mourir à 34 ans en laissant ses trois jeunes fils, l'aîné âgé d'à peine huit ans, et les jumeaux de presque cinq ans...
Les brancardiers sont venus le chercher, sous la mitraille, admirables de courage.
Au péril de leur vie ils l'ont transporté vers l'arrière. Oh... Il ne devait pas peser bien lourd... Une ambulance l'a chargé, lui et les autres blessés, dans les gémissements, les cris et les sanglots, pour les emporter vers l'hôpital militaire de campagne de Vadelaincourt...
Vadelaincourt ce petit village lorrain niché au creux d’une douce vallée, La Vadelaincourt, à quelques 15 km sous Verdun et à 7 km de l’importante bifurcation des routes de Ste-Menehould et de Bar-le-Duc, cette dernière connue sous le nom de Voie Sacrée...
Brancardiers
Brancardiers évacuant un blessé dans les tranchées de Verdun
L'HOPITAL MILITAIRE N°6 DE VADELAINCOURT

L’hôpital de Vadelaincourt, hôpital n° 12, replié de la place de Verdun, n’était  qu’une petite formation d’une dizaine de baraques (...) relié aux grandes artères par de petites routes de campagne mal adaptées au trafic automobile. (…) Il allait devenir, sous l’autorité du médecin de 2ème classe MORIN, un hôpital chirurgical exemplaire, appelé à jouer un rôle capital dans la chaîne des secours par sa position au centre de la défense de Verdun, capable d’accueillir dans les mêmes délais de temps, les blessés de l’une ou l’autre rive de la Meuse. L’une des baraques fut rapidement transformée en pavillon opératoire comprenant deux salles d’opération séparées par une chambre de stérilisation, dotée d’un éclairage fourni par un groupe électrogène ; une voiture radiologique  fut affectée à la formation. Une tente Tortoise allait servir de dépôt mortuaire en attendant que fut choisi l’emplacement du futur cimetière militaire. Avec beaucoup de difficultés des chemins de circulation empierrés furent établis dans l’enceinte de l’hôpital pour permettre l’accès des voitures sanitaires. Les effectifs furent renforcés ; par le nombre de ses équipes chirurgicales, Vadelaincourt allait devenir un élément essentiel du dispositif sanitaire. (...)
Vadelaincourt


A l’avant, dans chacun des sept secteurs, les postes de secours régimentaires, sous l’autorité d’un médecin régulateur, avaient pour mission de ramasser et de transporter jusqu’aux ambulances divisionnaires et ambulances de Corps d’Armée. Certaines de ces ambulances étaient appelées à accueillir les blessés légers descendus à pied du champ de bataille, les autres devaient assurer le tri des blessés avant évacuation, conserver et traiter les blessés graves jugés intransportables. Elles avaient une capacité moyenne de 100 lits. A partir de là, les sections sanitaires automobiles assuraient le transport des blessés jusqu’aux deux hôpitaux d’évacuation de l’arrière Baleicourt (H.O.E. n° 6) ou Petits-Monthairons (...). Vadelaincourt était appelé à fonctionner comme centre de traitement les plus graves triés à l’Hôpital de Baleicourt. (...)

Lorsque celui-ci se trouva sous le feu des canons ennemis son évacuation dut être décidée dans la nuit du 28 au 29 Février 1916. (...) Dans la semaine qui suivit, Vadelaincourt fut submergé par un afflux de blessés de toute gravité, envahi par un flot de véhicules sanitaires venant directement du front par des petites routes qui se prêtaient mal à l’accroissement soudain du trafic. Pour parer cet engorgement, un poste provisoire de triage fut installé sur la grand route à "Moulin Brûlé". L’Hôpital d’évacuation N° 6 fut implanté  dans un triangle de lande au lieu-dit "La queue de Mala"(...)

Durant la première quinzaine de mars l’H.O.E. n° 6 allait recevoir 875 blessés par jour : on y pratiquait quelques procédures d’urgence telles que les ligatures de vaisseaux sanguins, on y renouvelait les pansements défectueux de l’avant, les appareillages de fractures. L’injection de sérum antitétanique était systématique pour tout blessé grave ou léger. (...)
L’hôpital n° 12 de Vadelaincourt, par le relais de l’H.O.E. n° 6, reçut les blessés du secteur du Mort-Homme, de la côte du Poivre, de Vaux et de Douaumont. Les blessés étaient tous porteurs d’une fiche médicale réglementaire d’évacuation. (...) Du 22 février au 15 juin 1916, Vadelaincourt a reçu 10.800 blessés, dont 10.080 par éclat d’obus, 453 par balle et 247 par grenade. La statistique établie fait état de 2670 plaies de la face - dont 429 plaies du cerveau et 390 plaies des yeux), 979 plaies du thorax, 278 blessures de l’abdomen. 592 trépanations du crâne, 115 thoracotomies, 370 amputations furent pratiquées par les équipes chirurgicales de l’hôpital n° 12, et l’auto-chirurgicale annexée. 935 décès furent enregistrés (soit 8,6% des entrants) dont 147 fois à cause de la gangrène gazeuse.  (…) »   Dr. A. NAS

Le 11 Avril à 23 heures Joseph SOURDAINE y mourait de ses blessures...

Cimetière de La Chapelle-Blanche-22
Une balle, mais à tout prendre, qu'est-ce ?
Un simple avis de mort qui fait un bruit d'abeille
Et passe, presque doux, sans offenser l'oreille...
Un atome qui veut nous masquer le soleil...
Un ronflement qui donne un éternel sommeil...
Un "style" voyageur dont la pointe de cuivre
Pose le point final sur l'i du verbe VIVRE !...
(Le Poilu du 37 N°33 - Journal de tranchées)
MAIS JOSEPH SOURDAINE N'EST PEUT-ETRE PAS TOUT A FAIT MORT...

Médaille - Recto
SOURDAINE Joseph

Instituteur
à
PLÉVÈN
1882 - 1916
C'est avec émotion que j'ai appris, par Yvan PIGUEL, l'instituteur actuellement en poste à l'école publique de Pléven, l'existence d'une médaille au nom de mon grand-père. Cette médaille représente l'hommage du Ministère de l'Instruction Publique, ancêtre de l'Education Nationale, aux "Maîtres morts pour la France". Par quels concours de circonstances a-t-elle pu parvenir jusqu'à nous malgré les aménagements successifs, les remplacements de mobilier intervenus et tous les bouleversements qui se sont succédés depuis 80 ans ? Coïncidence ou signe du destin, un autre "maître" exerçant dans la même classe, Pierre HEUZÉ, a été fusillé dans les Allemands en 1944. Une plaque rappelle son souvenir.
Et ce fut pour moi une grande joie de découvrir la classe où mon grand-père a enseigné, de feuilleter les vieux registres d'école où il a inscrit les noms de ses élèves (dont ceux de mon père et de mes oncles) et tenir dans mes mains la fameuse médaille.
Elle restera dans cette petite école de campagne...
Car c'est Yvan PIGUEL qui, chaque année, rend le plus bel hommage à mon grand-père en le ressucitant pour illustrer son cours sur la Grande Guerre. Et je suis sûr que, de l'endroit où il se trouve, Joseph SOURDAINE est heureux de savoir qu'il exerce encore un peu son métier d'enseignant et que son sacrifice n'a pas été entièrement vain.
Christian SOURDAINE - Décembre 2003

...Et le 11 novembre 2004 à Pléven...
Médaille - Verso
INSTRUCTION PUBLIQUE
Aux
maîtres
morts pour
la
FRANCE
Ouest-France du 10/11/2004

"Ouest-France" du 10 novembre 2004

Le Petit Bleu

"Le Petit Bleu" du 12 novembre 2004

Sites Internet dont la visite est recommandée :
* Carnets de bord des régiments de la Première Guerre Mondiale : http://www.sac.asso.fr/regiment/parcours.php
* Pour en savoir plus sur les Régiments français dans la Grande Guerre http://pcoutant.free.fr/guerre.htm
* Parcours de Régiments français pendant la guerre de 14-18 http://www.chtimiste.com/
* De belles pages historiques et familiales http://pele.m.free.fr/pelem/fam-pele/famille/1914_1918.htm
* Collection de photographies de la guerre de 14-18 http://bac.d.free.fr/guerre_14_18/
* Le Village de Vadelaincourt http://www.vadelaincourt.info/

Sources - Bibliographie :
- Journal d’un poilu d'Henri LAPORTE (Edition Mille et une nuits - N° 2192)
- Mourir à Verdun de Pierre MIQUEL (Taillandier)
- VERDUN La plus grande bataille de l'Histoire racontée par les survivants de Jacques-Henri LEFEBVRE (Editions du Mémorial)
- Images de la bataille de Verdun - Texte de J.H. LEFEBVRE (Edition du Mémorial)
- Les armées françaises dans la Grande Guerre (S.H.A.T. Usuels - Tome 4 - Volume 1 - Précis- Pages 430 et suivantes)
- Les Grands dossiers de l'ILLUSTRATION : La Grande Guerre (Editions Le Livre de Paris)
- 1916 Année de Verdun Service Historique de l'Armée de Terre (Lavauzelle)
- Paroles de Poilus - Lettres de la Grande Guerre (Taillandier Historia)
- Les Journaux de tranchées - La Grande Guerre écrite par les poilus de Jean-Pierre TURBERGUE (Editions Italiques)
- Le service de santé pendant la bataille de Verdun - L'hôpital de campagne de Vadelaincourt : son histoire, son rôle dans la chaîne des secours
  Docteur A. NAS - (Association "Ceux de Verdun")
- Registre des marches et des opérations du 94e Régiment d'Infanterie - S.H.A.T. - Vincennes - Cote 26N670
- Registre des marches et des opérations du 151e RI - S.H.A.T. - Vincennes - Cote 26N697
- Conseil de révision  de la Classe 1902 - Arrondissement de Dinan - AD22 - cote 1R529
- Registre matricule de la Classe 1902 - Bureau de recrutement de St-Brieuc-Dinan - AD22 - cote 1R1166
- Dossier personnel d'instituteur de Joseph SOURDAINE - AD22 - cote 1T560