Charles LE GUELLEC (1735-1822)
Une figure légendaire de Plozévet (Finistère)

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Charles LE GUELLEC (notre Sosa 214) est un des personnages qui ont marqué la période située à la charnière des XVIIIème et XIXème siècles à Plozévet. Les différents bulletins paroissiaux et municipaux ont retracé sa vie, sa signature se retrouve pendant des années au fil des pages des registres de l'Etat Civil et beaucoup de Plozévetiens le comptent parmi leurs ancêtres en raison de sa nombreuse descendance issue de ses quatre mariages...

Charles LE GUELLEC fonde la fortune et l'ascendant politique que sa famille exercera pendant presque un siècle sur Plozévet et dont l'influence est encore vivace aujourd'hui.

Plozévet - Carte de Cassini

Plozévet sur la carte de Cassini


Les origines

Bien que l'on trouve la trace de plusieurs LE GUELLEC à Plozévet au tout début du XVIIème siècle il faut chercher les ancêtres de Charles à Landudec où son père Sébastien LE GUELLEC (décédé le 6 septembre 1754 à 50 ans à Plozévet) fils d'Yves LE GUELLEC et de Renée LE BRUN, épouse, le 18 septembre 1719, Marie PICHAVANT, née le 3 mars 1704 à Pouldreuzic (décédée le 22 novembre 1768 à Plozévet) fille de Charles PICHAVANT et de Marie BARIOU.

Alain LE GUELLEC, le frère aîné de Sébastien et sa femme Jacquette LE GOFF habitent à Kervelen (Kermelon) en Plozévet, une terre appartenant au Sire de Guengat. Il y décède le 15 avril 1753 à 75 ans. A son convoi on note la présence de Sébastien son frère et de Sébastien son fils.


Les LE GUELLEC à KERVEILLANT en PLOZEVET

Sébastien LE GUELLEC et Marie PICHAVANT viennent s'installer vers 1730 à Kerveillant en Plozévet (Kerveillant n'était pas un fief noble) où Jean LE BIHAN venait de mourir âgé de 60 ans en laissant trois fils. La ferme fut-elle achetée ? On peut le supposer car à partir de cette date on ne trouvera plus que des LE GUELLEC à Kerveillant. Un premier enfant Joseph était né le 19 mars 1726 à Landudec (il décèdera le 12 juin 1739 à l'âge de 13 ans à Plozévet). Bien vite la famille s'agrandit : Marguerite naît le 4 novembre 1731 (elle épousera à 17 ans Yves GENTRIC et s'établira à Trohinel), Charles le 12 juin 1735,

"Charles LE GUELLEC, fils légitime de Sébastien LE GUELLEC et de Marie PICHAVANT du lieu de Kerveillant a esté né le douzième jour de Juin mil sept cent trente et cinq et baptisé le même jour par le soussigné prêtre , parrain et marraine ont ésté Charles PICHAVANT grand-père de l'enfant et Jeanne LE GUELLEC qui ne signent, en foy de quoy je signe - Joseph JULIEN, Prestre"

puis Anne le 17 juin 1738, Noël le 25 décembre 1739, Marie le 1er août 1742 et enfin Laurent le 13 octobre 1745, des enfants solides qui viendront vite aider leurs parents dans ce métier de laboureur de la terre comme on disait alors.

A 19 ans, le 12 Juillet 1754 Charles LE GUELLEC épouse Marguerite KERLOC'H, née le 4 janvier 1734, fille de Sébastien KERLOC'H et de Marie GENTRIC. Le 18 octobre de l'année suivante naît Jacques qui ne vivra pas, puis Catherine le 9 novembre 1758. Malheureusement Marguerite KERLOC'H meurt le 6 décembre 1758. Elle a 24 ans.

Charles épouse Jeanne LE BERRE le 15 Mai 1759 qui lui donne deux enfants : François le 1er août 1760 qui meurt le 22, puis, le 7 septembre 1761, un second François qui prend le prénom de son frère décédé comme cela se faisait souvent à l'époque. Hélas, Jeanne LE BERRE meurt le 30 octobre 1762 et, pour la seconde fois, Charles se retrouve veuf. Il a 27 ans et deux enfants à charge.

Le 7 février 1763 il épouse Marie KERSUAL, orpheline et mineure qui vient s'installer à Kerveillant. Marie KERSUAL sera sa compagne pendant près d'une trentaine d'années. Sept enfants naissent de leur union: Charles le 28 juin 1764, Laurent le 13 novembre 1765, Yves le 3 janvier 1767, Pierre le 5 juillet 1769, Marie le 27 janvier 1771, René le 30 août 1773 puis Marguerite le 16 mars 1776.

Charles a reçu une solide instruction tout au moins pour un fils de paysan de l'époque, car il signe régulièrement les registres de baptême. Ce qui est sûr c'est que ses affaires prospèrent. Et Charles va gagner sa réputation de "Grand Bâtisseur".


Le "Grand Bâtisseur"

Merros Kreiz Huella

Du temps de son second mariage Charles LE GUELLEC achète Merros Kreiz Huella : "Le 22 Juin 1760 devant LE PODER, notaire royal, fut vendu à Charles LE GUELLEC et à Jeanne LE BERRE sa femme la ferme de Merros Huella, à occuper à la Saint-Michel". Trois proclamations furent faites en français et en breton par Paul GRAL après la grand-messe, trois dimanches consécutifs. Les vendeurs réservent un petit étage nommé l'étage Ty Roux.

Moulin de Lanvoran (aujourd'hui moulin Goff)

Le 14 septembre 1764, devant Maître MORVAN notaire à Pont-Croix, Charles LE GUELLEC loue pour 12 livres par an le moulin de Lanvoran appartenant à "très haute et puissante dame Françoise Renée de CARBONEL de CANISY, Comtesse de Forcaltier, Marquise de Pont-Croix..."

En 1765 Charles LE GUELLEC fait rebâtir le Moulin Goff. Sur le linteau de la porte on lit cette inscription "Fait l'an 1765, moulin féager noble nommé Moulin Lanvoran qui appartient à honorable homme Charles Le Guellec A.N. à Kerveillant".

Kerveillant

Quelques années plus tard il porte son effort sur Kerveillant. La maison qu'il construit, la vieille maison actuelle (1764) a très belle allure pour l'époque. Elle ne cède en rien à Tologot qui est du même temps: cheminée avec cadran solaire en date de 1772, groupe calvaire avec l'inscription "MARI/MADA" (pour Marie Madalen). L'intérieur est encore plus surprenant. Au fond d'une entrée de maison particulièrement soignée, voûtée d'ogives se trouve un puits de toute beauté. Trois ans plus tard il fait bâtir la crèche signée et datée "CHARL G.C. 1775". Çà et là des motifs dans le mur, têtes grimaçantes, gargouilles... Chose curieuse, le constructeur de la grange actuelle de Kerveillant a éprouvé le besoin de rester dans le ton. Il a incorporé dans la maçonnerie une tête de cheval, un lapin, un porc, oeuvres d'un tailleur de pierres de Ménez Kerguelen.

Ces motifs religieux ou profanes tout comme les pierres de taille ou les pierres ogivales provenaient du château de Ty-Varlen en Landudec. On imagine les charrois qu'il a fallu faire, les journées de travail, la fatigue des hommes et des bêtes.

Kersuot

A peine Charles LE GUELLEC a-t-il achevé les travaux de Kerveillant qu'il acquiert Kersuot. Il ne semble pas qu'il ait construit les bâtiments actuels: il aurait signé son oeuvre. Au pignon de la maison on retrouve la date de 1776. La porte d'entrée ogivale et les pierres de tailles proviendraient-elles de la chapelle Saint-Mélar, déjà en ruines, sise près de Kerveillant où l'on conserve encore la grande pierre d'autel ? C'est peu probable.

Kermao et Merros Huella

En 1783 une partie de Kermao vient s'ajouter au domaine familial. Après le décès de Joseph Corentin BILLOART et de Dame Françoise de BREMIOT, Sieur et Dame de Korgant, l'ensemble de Kermao fut partagé en trois lots le 10 avril 1783 au profit des héritiers. Le 11 août suivant Charles achète l'un de ces lots à Demoiselle Catherine BILLOART de RULLANT devant le notaire SIMON. Puis il achète une partie des terres de Merros Huella. Il n'y construira qu'en 1793, suivant l'inscription sur la maison "CH. G.C. 1793"

Moulin de Kersuot

Moulin de Kersuot

Plan du moulin de Kersuot

En achetant la ferme de Kersuot Charles LE GUELLEC a acquis aussi le moulin, un moulin bien humble auquel il va redonner vie. S'il a montré son sens artistique dans la construction de la maison de Kerveillant, ici il verra grand et pratique, fonctionnel dirait-on aujourd'hui; Au départ un petit ruisseau issu du nord de la commune qui, après avoir arrosé les prairies verdoyantes, passe au bas de Kersuot, puis à Moulin Goff, avant de se jeter dans la baie d'Audierne à la plage du Canté. Une dérivation du ruisseau va permettre de l'utiliser sur une chute de douze mètres et de faire tourner les cinq roues du moulin. Pour cela il a fallu s'attaquer à la roche, creuser, déblayer et construire le premier bâtiment qui recevra les roues superposées. En 1781 il est debout et les premières roues sont en place. En 1782 apparaît la troisième roue ornée d'une tête de chevreuil, suivie bientôt de la quatrième. Toutes ces roues de moulin sont des roues dites "à pirouette", tournant horizontalement, utilisant dans leurs aubes, l'une après l'autre, la même chute d'eau. Une première vanne sur l'étang permettra de faire tourner les quatre roues superposées. Les meules constituées chacune par deux pierres meulières, sont prises directement par un axe vertical sur chaque roue. Chaque meule avait sa destination; du bas vers le haut moulin à blé noir, moulin à seigle, moulin à avoine, moulin à orge.

Au cours des années suivantes, à angle droit avec la première construction, fut édifié le deuxième bâtiment. Il comprenait une partie inférieure, la cave, qui servait d'étable et d'écurie - on en voit encore l'entrée - un rez-de-chaussée auquel on accédait par un bel escalier de pierres et qui était divisé en deux parties, d'une part la cuisine et la salle à manger, d'autre part une grande pièce destinée à recevoir la cinquième roue, la roue du miel braz. Cette roue à pirouette était alimentée par une seconde vanne à grand débit sur l'étang. Elle venait en aide aux autres au moment des grandes presses. Son écoulement rejoignait la première canalisation à hauteur du moulin à seigle.

Un étage terminait ce bâtiment dont la charpente provenait de bois d'épaves; on y retrouve des gros clous de navire, de la peinture de bateau sur une poutre. Une gorgone en bois aux serpents enlacés autour de la tête, ancienne figure de proue, est toujours conservée au moulin de Kersuot. Elle servait à régler le débit de l'une des meules. Suivant le langage des meuniers elle remplissait le rôle de persoun. Cette construction, dont la façade est en pierres de taille, eut droit à une inscription fort soignée "Moulin Lion autrement dit Kerduot, profitté à titre de féage noble par honorable homme Charles Le Guellec qui le fait battir. 1787. I H S". Au-dessus de l'inscription, dans le pignon, un sonneur de biniou à table devant une chopine de cidre. Kersuot était une très belle résidence pour l'époque. Vers 1811 le moulin à eau fut doublé du moulin à vent dont les pierres provenaient de la tour de vigie de Kerascoet, dépendance de Ty-Varlen.


Un quatrième mariage

En 1786 Messire LE GENDRE, recteur de Plozévet, signalait une épidémie qui dévastait la paroisse :

"Nous enterrons cinq ou six par semaine. Depuis le commencement de Janvier jusqu'à ce jour 24 avril, (1786) 80 enterrements bien comptés et plusieurs autres qui ont reçu les derniers sacrements. Nous sommes quatre prêtres qui courrons nuit et jour"

René le GUELLEC qui n'a pas fait souche et sa mère Marie KERSUAL en furent-ils victimes ? C'est possible. Toujours est-il que Charles LE GUELLEC se marie pour la quatrième fois. A 67 ans il épouse le 30 Janvier 1802 Catherine KERLOC'H de Pouldreuzic âgée de 30 ans. En sa qualité de maire il signe lui même l'acte de mariage. De cette dernière union naîtront trois enfants: Louis Alain né le 22 Pluviôse de l'An XI (11 février 1803), François né le 1er Complémentaire de l'An XII (18 février 1804) et Charles qui ne vécut que trois semaines (27 novembre 1813 - 29 décembre 1813). Le 19 Floréal de l'An II de la République (7 mai 1794), par devant Maître GUIREC notaire à Pont-Croix, Charles LE GUELLEC fait un partage de ses biens évalués 9.944 Francs qui sont à répartir entre tous ses enfants à savoir:

* du premier lit
Catherine LE GUELLEC et Jean LE QUERE son époux à Kermadu

* du deuxième lit
François LE GUELLEC et Jeanne KERLOC'H à Merros Huella

* du troisième lit
Charles LE GUELLEC et Marie DENIEL à Kerveillant
Laurent LE GUELLEC et Marie SIMON à Merros Huella
Yves LE GUELLEC et Jeanne GUEGUEN à Bénizennec
Pierre LE GUELLEC et Catherine DONNARD à Kermao
Marie LE GUELLEC et Jean ROUSSEL à Kerdalen en Lababan
Marguerite LE GUELLEC et Jacques KERLOC'H à Trohinel

Après son quatrième mariage Charles LE GUELLEC s'installe au moulin de Kersuot avec Catherine KERLOC'H. Cependant il tient à régler minutieusement l'avenir de ses enfants laissés sur le domaine de Kerveillant, Merros et Kermao. Si Kerveillant est bien loti, Merros et Kermao n'ont pas encore de bâtiments. Dans sa donation il stipule que le bois viendra de Guilguiffin, les pierres de Ty-Varlen et de Mespirit. En donateur prévoyant, pour qu'il n'y ait ni difficultés ni jalousie entre ses enfants, il impose en commun le charroi du bois et autres matériaux nécessaires pour la construction à savoir "de cette maison (de Merros) pour faire le charroi des pieds de rameaux que les démettants ont acheté à Guilguiffin, pour le charroi des pierres qui sont nécessaires pour le foyer du dit moulin (de Kersuot) et qui sont à Ty-Varlen, ainsi que pour le charroi des pierres qui sont à la montagne de Mespirit destinées pour Kermao, de sorte qu'ils contribueront tous au paiement des gages des valets, domestiques du dit Kerveillant."


Les Cahiers de Doléances

Lorsque la Révolution éclate en 1789, la vie paisible de Plozévet va brutalement changer. D'ailleurs le calme n'est que superficiel. Sous cape et, peut-être publiquement, on se plaint. On se plaint des seigneurs fonciers qui exigent de leurs vassaux des graines que les terres ne produisent pas, qui vendent le bois sur les villages et ne font plus planter, qui obligent à utiliser les moulins seigneuriaux. On se plaint de l'Amirauté. Ne force-t-elle pas les habitants pauvres voisins de la mer à faire les charrois des débris de vaisseaux qui échouent sur la côte, au risque de briser les charrettes, voire même un bras ou une jambe? On se plaint du barème trop élevé des droits de succession... Et il y a bien d'autres réclamations dans l'air !

Le 7 avril 1789, en exécution des ordres du Roi, le Tiers Etat de Plozévet se réunit en la sacristie de l'église paroissiale pour établir le Cahier des doléances. L'assemblée électorale se tient sous la présidence de Maìtre Louis LE GUIRRIEC, Notaire royal, commis en l'absence de messieurs les juges, ayant pour adjoint Charles LE GUELLEC, Greffier des délibérations de la paroisse. Le procès verbal cite le nom des comparants, une centaine, puis ceux des députés à savoir Charles LE GUELLEC, Henri STRULLU, Jean-Louis MALSCOUET et Pierre HELIAS...


Charles LE GUELLEC Greffier

Signature de Charles le GUELLEC,
Greffier des délibérations

Cahier de Doléances

Première page des Cahiers
de doléances des Plozévet


Charles LE GUELLEC Homme Politique

Les premiers maires de Plozévet, Louis le GUIRRIEC en 1790 et Henri STRULLU en 1791 assumèrent leurs fonctions dans l'enthousiasme du moment, au lendemain des événements de 1789. Le 26 juin 1791, l'assemblée primaire se réunit en la chapelle de la Trinité en Lesplozévet pour y élire quatre électeurs. Charles LE GUELLEC, LE CERTEN Aîné et Yves CELTON ayant été reconnus les trois plus âgés sachant lire et écrire sont désignés pour faire les billets de ceux qui ne le savent pas et dépouiller les scrutins...

D'après la Constitution de 1791 l'administration communale comprend un corps municipal, un maire, un procureur de la commune, des notables. La justice est rendue par un juge de paix élu pour deux ans. En 1792 Charles LE GUELLEC signe "Premier Officier municipal" sur les registres de la commune, fonction qu'il exercera jusqu'en 1798. Un rapport du 16 février 1792 le désigne comme "Administrateur du District de Pont-Croix". Le 2 décembre, à l'élection du juge de paix il obtient 34 suffrages contre 113 à Jean-Louis MASCOUET. Charles déclare que l'élection est entachée de nullité mais sa motion est repoussée. A la fin du siècle il est "Percepteur des contributions révolutionnaires", puis "Président de l'assemblée municipale" en 1799, "Président de l'assemblée cantonale".

Il prête serment à la Constitution de l'An VIII qui donnait un maître à la France, Bonaparte Premier Consul, et devient naturellement Maire de Plozévet en 1800. Il le restera jusqu'en 1821. Le système électoral de l'époque permettait à tous les Français de 21 ans et non domestiques à gages de choisir le dixième d'entre eux pour former la liste communale dite "Liste de confiance" ! Le but de cette liste était de dresser une liste d'arrondissement avec le dixième de ses membres... En somme un pouvoir bien assis...

La charge de maire apparaît déjà très prenante à en croire le courrier, en date du 24 Germinal An IX , que Charles LE GUELLEC adresse au citoyen Préfet du Finistère:

"Depuis ma nomination, je me trouve seul, ce qui est une grande gène me trouvant fort souvent indisposé et des affaires de famille qui me surviennent. Je désirerais avoir un adjoint pour me remplacer en mon absence si vous voulez bien m'accorder; je ne vois dans la commune qu'un seul qui soit dans le cas d'occuper la place, qui est citoyen GUIRIEC du Bourg."
Suit la formule de politesse terminant sa lettre "Votre très humble et très obéïssant serviteur". Comme on est loin des formules "Salut et Fraternité" ou "Salut et Respect" utilisées au début de la période révolutionnaire !
Signature

Signature de Charles le GUELLEC
en 1816

S'adaptant avec souplesse à tous les changements de régime, ce meunier instruit, intelligent et tenace qui s'enrichit par l'achat des biens des émigrés, restera maire de Plozévet sous le Premier Empire et au début de la Première Restauration qui place le Roi Louis XVIII sur le trône de France, en mai 1814. Mais une nouvelle loi électorale est décrétée en 1817. Ar Guellec coz, comme l'appelaient ses concitoyens, connaît quelques démêlés avec les autorités religieuses.

Charles LE GUELLEC était-il Franc-Maçon ? On peut le penser comme l'atteste sa signature apposée en 1816 au bas d'un acte de mariage comportant un signe de reconnaissance comme on en trouve sur beaucoup d'actes de cette période (les deux traits représentent les deux colonnes du Temple et les trois points le passé, le présent et l'avenir).

Le 28 juin 1821 BAULIEU, Préfet du Roi Louis XVIII dans le Finistère, destitue Charles LE GUELLEC. Est-ce en raison de son âge (il a 86 ans) ? Est-ce la conséquence de ses relations difficiles récentes avec l'Evêché ? ou est-ce parce qu'en haut lieu on se souvient qu'il a servi la Révolution ?

Il meurt l'année suivante.


Charles LE GUELLEC et l'Eglise

La Révolution et l'Eglise n'ont pas souvent fait bon ménage. Il semble que Charles LE GUELLEC ait manifesté courage, fermeté et pondération dans l'exercice de ses fonctions de maire à l'égard de l'Eglise.

En 1803 il signe une demande de passeport pour le citoyen JANNOU, "ci-devant curé de notre commune réfugié en Espagne".

Le 18 août 1811 il achète le presbytère devenu bien national après avoir servi de Mairie. Dans sa deuxième donation du 10 octobre 1811, devant Maître BIZIEN, Notaire impérial du canton de Plogastel Charles LE GUELLEC, se trouvant avancé en âge, presquatragénaire, stipule que soit partagée entre ses enfants "la somme de 2.400 Francs, soit la moitié du prix de vente, dus par HYGNARD et MANIERE pour la vente d'une maison et dépendance sise au Bourg de Plozévet, appelée presbytère, propre du dit GUELLEC père". Il s'agit de la maison de commerce, anciennement KERISIT, achetée récemment par la municipalité dont le jardin est devenu l'actuel parking situé devant l'église paroissiale. Il ne peut y avoir de doute sur la maison même, une grande maison solidement bâtie en pierres de taille à fronton triangulaire portant la date de 1728, car l'acte de vente de cette maison à la municipalité donne comme origine de propriété: KERISIT, HYGNARD et MANIERE.

Si l'ancien presbytère n'est pas revenu à la paroisse Charles LE GUELLEC va s'occuper de loger le clergé. En date du 25 octobre 1813 une ordonnance du Maire prévoit les journées de travail pour "tirer les pierres au Ménez Gwen pour la maison du Recteur". Trois familles sont désignées chaque jour de la semaine "Trois par jour, un de chaque ménage, et ceux qui seront absents payeront d'autres pour eux". Il est vraisemblable que les autres familles de la commune ont dû continuer les semaines suivantes. S'agissait-il de construire le presbytère actuel, la partie ancienne ne porte pas de date, ou plutôt de le surélever d'un ou deux étages? C'est plus probable. En tout cas le travail fut bien fait et comme dans toutes les constructions de Charles LE GUELLEC le presbytère eut droit à des cheminées de style et à un cavalier comme gargouille.

Il semble que c'est l'administration municipale de Charles LE GUELLEC qui ait doté l'église paroissiale des deux autels latéraux, celui de la Vierge et celui du Sacré-Coeur. La notice de Monsieur le Chanoine PERENNEZ sur Plozévet les donne du XVIIIème siècle; mais il signale en même temps la statue actuelle de Sainte-Anne comme étant aussi du XVIIIème, or cette statue, comme celle de Saint-Joseph, a été commandée par Monsieur CLEVAREC, Recteur en 1865. Dans les familles LE GUELLEC on s'est toujours transmis le souvenir de l'aïeul qui avait doté l'église de ces deux autels et, en récompense, une statue de saint porte le nom du donateur; c'est ainsi que Saint-Renan est devenu Saint-Charles; il a suffit de changer l'inscription et il paraît que si l'on grattait l'inscription actuelle on trouverait encore dessous Saint-Renan.

La fin de sa vie est marquée par ses démêlés avec l'Evêque DOMBIDEAU de CROUSEILHES, fervent royaliste, qui malgré les demandes réitérées de Charles LE GUELLEC suspend le culte à Plozévet au motif que la municipalité n'offre pas un logement décent aux prêtres de la paroisse. Cette situation durera jusqu'en 1819 et sera certainement l'une des causes de sa destitution.


Charles LE GUELLEC est mort...

Le 16 décembre 1822 alors que depuis longtemps on ne l'appelait plus que Ar Guellec coz le tic-tac de ses moulins annoncèrent à la ronde "Ar Guellec coz.... zo maro! Ar guellec coz ... zo maro !". Il venait de s'éteindre dans une heureuse vieillesse rassasiée de jours de richesses et d'honneurs alors qu'il allait sur ses 87 ans, entouré des siens et aimé de tous.

Ses funérailles furent des plus solennelles. Si l'on compare le prix du cercueil qui avait coûté 1 Franc et les frais de funérailles qui s'élevaient à 45 Francs, il faut croire que la famille et toute la paroisse avaient offert beaucoup de services et de messes. Le repas du service anniversaire en 1823 a été payé 22,50 Francs en plus d'une génisse offerte par la ferme de Kerveillant.

Dans l'ancien cimetière Charles LE GUELLEC reposait devant la fontaine, du côté de la porte des hommes.

Outre le souvenir du bâtisseur et de l'homme public la légende locale s'est emparée du personnage.

Ainsi on raconte que lors de la construction du moulin de Kersuot on transportait une grosse dalle de pierre quand un des essieux de la charrette faillit casser. Qu'à cela ne tienne ! A la grande terreur de son charretier Charles LE GUELLEC se baisse en dessous de la charrette et, avec le lien de son bragou braz attache la roue de l'essieu. Et en route ! Arrivé au moulin il récupère son lien; mais dès qu'il est sorti de dessous la charrette, le tout s'écrase. La grosse dalle de pierre n'est pas facile à soulever. Pourtant huit hommes costauds sont là, mais selon eux il est impossible de monter une telle pièce sans échafaudage. Et pendant qu'ils s'affairent aux préparatifs Charles appelle le mousse "Prends avec moi l'autre bout". Au retour des hommes la dalle est en place. Après le travail on se met à table. C'est le jour des galettes. Alors Charles LE GUELLEC annonce calmement "Ici il n'y a que deux hommes qui ont droit aux galettes au beurre, les autres les mangeront sèches."

Bibliographie:
- Bulletins paroissiaux de Plozévet
- Bulletin Municipal de Plozévet N°3 (1992)
- Les Bretons de Plozévet - André BRUGUIERE (Flammarion 1975)
J'ai effectué de très larges emprunts à un texte dactylographié, peut-être trouvé en Mairie de Plozévet, ne comportant aucune mention d'auteur.
Que cet anonyme soit ici remercié...

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